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La Belgique serait-elle devenue une démocratie sans démocrate ?

Reynders, une visite controversée à Kinshasa

26 mars 2012, By Guilain Mathe

Didier Reynders arrive ce soir dans un pays paralysé après les fraudes électorales. Trouver une majorité autour du parti présidentiel au Congo coûtera cher.

Un article de la Libre Belgique

Auteur : Marie-France Cros

Source : http://www.lalibre.be/actu/internat...

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR), embarque ce lundi pour une visite controversée au Congo, quatre mois après des élections présidentielle et législatives marquées par des fraudes massives. Sous sa direction, la Belgique a pris une position de pointe dans la reconnaissance d’un régime que les autres capitales "amies du Congo" s’accordent à considérer comme profondément affecté par le " manque de crédibilité " (dixit le Centre Carter) des scrutins du 28 novembre dernier.

Depuis l’affront subi par Joseph Kabila, le 20 décembre, jour de sa prestation de serment à laquelle n’a assisté qu’un seul de ses pairs invités (Robert Mugabe, le président du Zimbabwe), le pays semble paralysé et les fonctionnaires sont nombreux à ne plus se présenter au travail qu’un temps minimal. "On ne sent pas qu’il y a une direction, notent de nombreux Congolais, et le chef de l’Etat est pratiquement absent."

Du côté de l’opposition, cela ne va guère mieux. L’UDPS d’Etienne Tshisekedi - qui s’est proclamé vainqueur du scrutin présidentiel sans autre suite visible que sa mise de facto en résidence surveillée - se divise sur la question de savoir si ceux de ses élus qui ont été reconnus par la Commission électorale (Ceni, très critiquée pour sa mauvaise gestion des scrutins et dont certains dirigeants sont accusés de s’être enrichis), au nombre de 41, doivent ou non siéger dans un Parlement issu d’élections non crédibles.

La Cour suprême, dont les juges ont été nommés par Joseph Kabila et qui est chargée de trancher les contestations électorales, est jugée peu crédible. Elle a déclaré irrecevables ou non fondés la majorité des recours déposés contre les résultats des législatives qu’elle a déjà examinés.

" Par réalisme, pas parce que nous approuvons ce qui s’est passé ", expliquait jeudi dernier à Bruxelles Mgr Banga, vice-président de la Conférence épiscopale congolaise, l’Eglise "tente d’engager le dialogue entre politiciens. On ne peut pas rester dans le blocage actuel. Or, nous pensons qu’il est impossible de refaire les élections. Recompter les bulletins ? Personne n’a confiance dans les procès-verbaux de la Ceni. L’Eglise a donc rencontré diverses personnalités politiques pour attirer leur attention sur le blocage", poursuit l’évêque de Buta .

Mais les démarches de la Conférence épiscopale ne sont guère encourageantes pour l’instant. Joseph Kabila se dit prêt à rencontrer les autres acteurs politiques mais refuse tout gouvernement d’union nationale, présenté par d’aucuns comme une solution pour sortir de la paralysie actuelle.

Etienne Tshisekedi, arrivé officiellement deuxième à la présidentielle, dit que tout le monde sait qu’il a gagné les élections et qu’il prépare sa prochaine installation au pouvoir en conscientisant l’armée.

Kamerhe, officiellement troisième, est disponible pour discuter de tout avec tous en profondeur, rapportent des sources religieuses. "Ce n’est pas à l’Eglise de leur dire comment faire", souligne Mgr Banga. "Notre souci est qu’ils trouvent une solution pour que le pays fonctionne et qu’on ne retourne pas à la violence."

Le président Kabila a nommé un formateur, Charles Mwando Simba, pour explorer les possibilités de constituer une majorité. M. Mwando a rencontré une cinquantaine de partis politiques. La tâche n’est, en effet, pas facile alors que le parti présidentiel PPRD, officiellement la principale formation du nouveau Parlement, ne représente que 12 % de celui-ci. Dans ces conditions et compte tenu des mœurs politiques congolaises, constituer une majorité demandera d’acheter constamment l’appui des multiples micro-partis qui se rallieront au PPRD. Ces dépenses s’ajouteront à celles de la campagne électorale léonine du régime, qui ont déjà entraîné des retards de plusieurs mois dans le paiement des fonctionnaires de plusieurs ministères.

Cette crise politique survient alors que le pays connaît déjà une situation socio-économique difficile. A l’Est, le nombre de déplacés en raison de la violence a augmenté de 67 000 personnes depuis les élections, pour arriver à un total de 1,7 million de personnes. Dans tout le pays, les prix ont augmenté sous l’effet de la crise mondiale et des tensions internes.

Les Congolais doivent faire face, selon les régions, à des épidémies de rougeole, de choléra, de rage canine, alors qu’ils sont sous-alimentés. La distribution d’eau potable et d’électricité est encore plus problématique que d’habitude en raison de la mauvaise gestion de la compagnie nationale d’électricité.

"Le diocèse de Kinshasa continue la formation des fidèles à la non-violence. Car si on continue à ne pas s’occuper du social, les gens vont bouger. Qu’on le veuille ou pas ", note Mgr Banga.

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