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RDCongo : un nouveau dialogue politique à Kinshasa pour sortir de la crise

PAR FAUSTIN MBUSA, 10 DECEMBRE 2016

Alors que le premier dialogue dit de la cité de l’Union africaine ou du camp Tshatshi était réputé non inclusif, des nouvelles concertations se tiennent depuis ce jeudi 08 décembre au centre interdiocésain de Kinshasa sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo. Ces nouvelles négociations dites directes et inclusives réunissent les forces politiques non signataires de l’accord du 18 octobre 2016 et le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement.

Un nouveau dialogue politique s’est ouvert ce jeudi 08 décembre à Kinshasa sous la houlette de la Conférence Episcopale Nationale du Congo(CENCO). Mgr Marcel Utembi, président de l’assemblée des évêques catholiques du Congo, a ouvert ces travaux en précisant que ces nouvelles négociations ont pour objectif de trouver un plus large consensus sur le processus électoral. Les conclusions de ces travaux permettront, espère le prélat, de rétablir la paix, la réconciliation et la tenue des élections apaisées afin d’obtenir l’alternance politique comme le prescrit la constitution congolaise. Tout en déplorant l’enlisement dans lequel se trouve la République Démocratique du Congo et ses conséquences incalculables, Mgr Utembi fonde aussi ses espoirs d’une issue heureuse à ces négociations, sur des signaux forts et encourageants qui auraient été donnés par le président Kabila et M. Etienne Tshisekedi, figure historique de l’opposition et président de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social(UDPS). Ce dernier et un certain nombre de sensibilités politiques n’ont pas participé au premier dialogue dont ils ont dénoncé les conclusions par ce qu’elles favorisent le glissement du second et dernier mandat du président Kabila qui doit prendre fin le 19 décembre 2016. Cet accord repousse également l’organisation des prochaines élections en avril 2018. Ce nouveau dialogue qui réunit 30 négociateurs devrait durer trois jours selon les voeux des organisateurs.

Nouveau dialogue, les faucons de la majorité désavoués par Kabila

Il y a quelques jours, la majorité présidentielle, par la voix de Madame Inagosi, cadre important du parti présidentiel, se fendait d’un communiqué à travers lequel elle constatait l’échec de la médiation des évêques catholiques. De ce fait, il n’ y avait pas lieu de convoquer un autre dialogue. Par conséquent ceux qui n’avaient participé au dialogue de la cité de l’OUA n’avaient qu’à s’aligner sur les conclusions de l’accord du 18 octobre. Il est de ce fait curieux que l’on ait appris de Kinshasa que ce nouveau dialogue aurait été remis en scelle avec la bénédiction du président Kabila dont les partisans considéraient la veille qu’un autre dialogue n’était plus possible. Si l’autorité morale de la majorité présidentielle congolaise a avalisé la volonté des évêques de convoquer un nouveau un dialogue plus inclusif, alors Kabila a par ce fait désavoué pour une fois ses applaudisseurs qui avaient obtenu en petit comité, le glissement du mandat de leur champion et le renvoi des élections présidentielles et législatives en avril 2018. Finalement, on est tenté de croire ceux qui disent que le président Kabila se moque éperdument de ses courtisans congolais qui lui vouent un culte à travers des titres flatteurs comme "autorité morale", "Kabila désir". Si le ridicule pouvait pousser ces courtisans désavoués à revoir leurs ardeurs à la baisse, tout serait à leur honneur.

Un nouveau dialogue pour donner plusieurs réponses

Si ce nouveau dialogue a pour vocation d’être plus inclusif, il ne pourra susciter un peu d’espoir que s’il marque sa différence avec les conclusions de de celui dirigé par Edem Kodjo. Autrement dit il devra proposer une autre solution au glissement du second mandat de Kabila Joseph. Il devra aussi revoir la date de l’organisation des prochaines élections présidentielles et législatives tout en posant la question de savoir pourquoi celles-ci n’avaient pas été organisées dans le délai constitutionnel soit 90 jours avant la fin du second mandat du président sortant. Il convient de rappeler que la majorité présidentielle voulait d’abord procéder à l’organisation des élections locales avant les présidentielles et les législatives pour justifier le glissement du règne de Joseph Kabila. Cette position n’avait pas rencontré l’assentiment des prélats catholiques congolais dont le désaccord les avait obligé de quitter la table des négociations lors de ce premier dialogue. En l’absence de cette composante, la majorité présidentielle avait pesé de tout son poids pour orienter les conclusions de l’accord du 18 octobre dans le sens de ses intérêts au nom d’une majorité dite fonctionnelle chère à Atundu Liongo, haut cadre de la majorité présidentielle et signataire dudit accord. Et pour donner du corps diplomatique à cet accord, le mini sommet des chefs d’Etats de la CIRGL(Communauté Interrégionale des Etats de Grands Lacs) et de la SADC(South African Developpement Community) réunis à Luanda le 26 octobre 2016, avait encore aggravé la situation en appelant le Rassemblement des Forces acquises au changement, n’ayant pas participé au premier dialogue d’adhérer simplement aux conclusions du camp Tshatshi. L’idée d’un dialogue inclusif semblait définitivement enterrée.

Une pression et une détermination épiscopales récompensées

On peut féliciter à ce stade , les prélats catholiques pour avoir maintenu la pression sur le président Kabila en prédisant une situation incontrôlable en RDCongo après le 19 décembre 2016 dont il serait le seul responsable faute d’avoir accepté un dialogue inclusif. Acteurs majeurs de la politique congolaise, les princes de l’Eglise ont même obtenu l’organisation et la modération de ce second dialogue. Ils voulaient que ces négociations dites de dernière chance pour certains, se déroulent dans un climat de sérénité et d’impartialité a confié M. l’Abbé Nshole, secrétaire général de la CENCO. C’est pourquoi a-t-il poursuivi, que les évêques ont obtenu son organisation au centre interdiocésain de Kinshasa où la pression serait moins importante qu’au camp Tshatsthi. En politique le choix d’un cadre pour les négociations n’est pas toujours neutre compte tenu de l’importance symbolique qu’il peut revêtir. A cet effet, les détracteurs du dialogue dirigé par M. Edem Kodjo à la cité de l’Union Africaine au camp Tshatshi à Kinshasa, considéraient qu’on ne pouvait pas disposer d’une liberté de parole dans un "bunker" à proximité des troupes de Joseph Kabila. Il convient de noter qu’une partie des éléments de la garde républicaine de Kabila, substitut de la garde présidentielle de de triste mémoire à l’époque de Mobutu est logée au camp Tshatshi.

Des négociateurs soumis à l’obligation d’apaisement

Les congolais espèrent qu’avec la modération de ce nouveau dialogue assurée par la CENCO, on évitera certains écueils qui ont affaibli le dialogue du camp Tshatshi. Le premier résultat à noter, est déjà l’inclusion de toutes les composantes politiques même si certaines formations politiques de l’opposition plurielle congolaise et certaines plateformes de la société civile continuent à considérer qu’elles sont sous représentées. Un autre aspect non moins important aura été d’éviter de personnaliser les débats autour de Kabila et de Tshisekedi opposés par le chiffon rouge du 19 décembre. Et dans cette logique, on peut aussi penser que l’ouverture soudaine de Kabila à la demande des évêques pour organiser ce deuxième dialogue, peut avoir pour finalité de faire baisser la tension avant le 19 décembre 2016. Une date tant redoutée par le gouvernement de Kinshasa car elle signe normalement la fin du dernier mandat de Kabila Joseph à la tête de la RDCongo. Or, ce dernier est soupçonné de bien vouloir se maintenir au pouvoir contrairement au Président François Hollande qui a décidé de ne plus se représenter aux élections françaises de 2017 pour un second mandat après avoir constaté ses échecs sur les promesses non tenues. M. Yahya Jameh a tout de même reconnu sa défaite après 22ans de règne sans partage. Ce dictateur a dans un premier temps félicité son successeur M. Adama Barrow, il y a une semaine, avant son revirement spectaculaire de ce vendredi 9 décembre 2016 à ne plus reconnaître les résultats des élections présidentielles. Eux malgré tout, n’ont pas eu besoin de négociations interminables. Rappelons que l’article 64 de la constitution congolaise confère aux congolais le droit de s’opposer à tout individu ou un groupe d’individus qui voudraient exercer le pouvoir par la force, en violation des prescrits de la constitution(...)

Quels que soient les résultats de ce deuxième dialogue intercongolais, l’avènement rapide de la paix à l’Est de la République Démocratique du Congo demeure un défi majeur pour tout celui qui prétendrait exercer un quelconque mandat politique. Les négociations politiques devraient parfois être dépaysées de la capitale Kinshasa vers les villes meurtries du Sud-Kivu et du Nord-Kivu où se joue véritablement la politique et l’avenir de la RDCongo. Car sans la paix à l’Est, aucune stabilité à l’Ouest. Les négociateurs doivent intégrer cet élément d’analyse dans leurs appréciations car ils sont très attendus par les congolais avec de bons résultats.

Bien plus, la République Démocratique du Congo étant le pays le plus écouté par les services de renseignement américains et britanniques, d’après les révélations des archives d’Edward Snowden, ancien agent de la sécurité américaine, réfugié en Russie, relayées par la dernière édition du journal le Monde, les négociateurs congolais ont intérêt à prendre de bonnes positions car ils sont mis sur écoute. Tôt ou tard, on saura qui bloquait le processus électoral avant le 19 décembre 2016.

Posted by Faustin Mbusa

GLPIC Advocay Officer

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