Accueil du site > Alerte et Plaidoyer > RDCongo : L’appel de Nikki Haley aux élections en 2018, une voix dans le (...)

"Chaque jour qui passe sans élections, des femmes sont violées dans ce pays, des enfants sont enrôlés dans de groupes armés"

RDCongo : L’appel de Nikki Haley aux élections en 2018, une voix dans le désert ?

Par FAUSTIN MBUSA, 29 octobre 2017

Alors que les violentes images des massacres du PK40 sur la route Mbau-Kamango du 07 au 09 octobre dernier sont encore présentes dans la mémoire des habitants de Beni, des violents affrontements entre les FARDC et un groupe d’assaillants ont plongé la ville dans la torpeur ce jeudi 26 octobre dans l’après midi. Et une rumeur persistante parlant d’une imminente attaque ce week-end était au centre des conversations à Beni d’après les différentes sources recoupées sur place. Une psychose qui n’est pas de nature à apaiser les esprits. C’est dans ce climat que l’envoyée spéciale des USA, Mme Nikki Haley a commencé sa visite en RDCongo avec comme message aux acteurs politiques congolais, la tenue des élections en 2018.

Alors que l’actualité de ce week-end en RDCongo était dominée par la visite de l’ambassadeur des USA aux Nations Unies, Mme Nikki Haley, qui est venue marteler un message insistant sur la tenue des élections en 2018, les violences se poursuivaient dans la ville de Beni et ses environs. Boikene, un des quartiers de la ville où de nouveaux lotissements commençaient à sortir des terres, a été le jeudi 26 octobre le théâtre des affrontements entre les FARDC et un groupe d’assaillants lourdement armés non autrement identifiés que l’on a vite apparentés aux tristement célèbres ADF. Bilan, 2 civils tués et plusieurs blessés l’armée n’ayant pas communiqué le nombre des victimes dans ses rangs. Ces rebelles ougandais qui ne revendiquent jamais leurs forfaits et qui ne communiquent que par le sang de leurs victimes, ont fini par installer un climat de terreur dans la région si bien que ceux qui le peuvent, pensent désormais à s’installer ailleurs pour se mettre à l’abri. Pire, même dans les rangs de l’armée congolaise une certaine peur aurait gagné une partie de la troupe.

Des combattants tétanisés.

Depuis les derniers embuscades que ces rebelles ont tendu aux bataillons qui les combattent sur l’axe Mbau-Kamango le 18 et 19 octobre dernier au PK 13 et PK20 en pleine journée, le doute s’est installé dans les rangs des FARDC. Au regard des images diffusées par les médias qui ont fait état des véhicules militaires calcinés, la violence des combats a fini par convaincre certains hommes de troupe de la capacité de nuire de ces rebelles dont on minimisait il y a quelques temps la force. Fait curieux, les témoignages des rescapés qui reviennent souvent, font état des rebelles habillés en tenues semblables à celles des FARDC et lourdement armés. D’autres encore parlent des rebelles qui seraient mieux équipés que les militaires congolais. Autre fait non moins important, est que ces rebelles opèrent de manière permanente dans la même zone, le fameux triangle de la mort Oicha, Mbau et Kamango. Pourquoi cette zone ? Des explications liées au relief, tant la zone est couverte par une forêt dense. D’autres aux besoins de ravitaillement car très fertile où les populations entretenaient des champs de café et d’autres denrées alimentaires de première nécessité. Sans oublier le trafic du bois exotique vers l’Ouganda facilité par la route Mbau-Kamango. Tous ces éléments ne sont pas de nature à faciliter le traitement de cette poche de résistance dont la prospérité tient aussi au fait que ces rebelles y séjournent depuis longtemps si bien qu’ils ont beaucoup plus maîtrisé la géographie de la zone mieux que les forces armées congolaises.

Des populations en détresse

L’atrocité avec laquelle les victimes des rebelles ougandais du 07 au 09 octobre 2017 ont été tuées, la gorge tranchée, les mains liées dans le dos, a tellement traumatisé les congolais de la chefferie de Watalinga et de la cité de Mbau si bien que certains d’entre eux envisagent tout simplement de déménager. Leur attitude est dictée par le fait que l’armée congolaise a montré une certaine incapacité de mettre fin au cycle des violences commis par ces malfaiteurs. Bien plus, parce que des folles rumeurs courent dans la région selon lesquelles il y aurait des complices au sein des FARDC qui communiqueraient des plans d’attaque aux rebelles. L’objectif étant de perpétuer ce climat d’insécurité dans la région de telle sorte que les élections n’aient pas lieu pour justifier le maintien de Kabila au pouvoir.

D’autres encore et qui persistent, font état du ravitaillement de ces rebelles par hélicoptères et autres drônes en matériel et tenues militaires à partir des pays voisins notamment l’Ouganda. Il est vrai que jusque là on entend pas beaucoup les officiels ougandais se prononcer sur cette situation dramatique qui se déroule sur le sol congolais alors qu’il est perpétré par une rébellion sensée combattre le régime de Kampala. En outre, on se rappellera que son présumé chef, un certain Jamil Mukulu, arrêté depuis bientôt deux ans à Tanzanie et transféré aux autorités ougandaises n’ a jamais fait l’objet d’un procès. Et personne ne sait s’il est en prison ou non. Pire encore, le gouvernement congolais n’a jamais réclamé son extradition afin qu’il soit jugé pour tant de crimes commis par ses combattants sur le sol congolais. Un silence de deux gouvernements qui frise une certaine complicité alors qu’ils devraient se coaliser pour lutter efficacement contre ce groupe armé qui menace dangereusement la paix dans la région et par conséquent le processus démocratique.

Nikki Haley, un appel aux élections en 2018 diversement apprécié

Ceux des congolais qui attendaient un message fort de l’envoyée spéciale des USA en RDCongo à Kabila ont été quelque peu déçu. Pour certains demander aux responsables politiques d’aller aux élections en 2018, passe pour un soutien tacite au maintien du président congolais au pouvoir pour une année de plus. Ce qui est à leurs yeux inadmissible car il a déjà bénéficié d’un bonus de 2017 en vertu de l’accord du 31 décembre 2016 qu’il n’a jamais respecté. Les congolais impatients qui ont assez vu Kabila, auraient souhaité que Nikki Haley lui signifie clairement qu’il doit quitter le pouvoir ou encore qu’une transition vers les élections devait s’organiser sans lui. Bill Richardson en 1997, le médiateur de Bill Clinton l’avait directement signifié à Mobutu alors que lui aussi s’accrochait au pouvoir malgré les résolutions de la conférence nationale souveraine et d’autres dialogues intercongolais mais aussi la dégradation de sa santé.

D’autres encore auraient plutôt souhaité que les USA s’impliquent beaucoup plus clairement dans le rétablissement de la paix à l’Est de la RDCongo étant donné que la MONUSCO et les FARDC ont montré leurs limites. Certaines voix souhaiteraient la mise en place d’une opération du genre Artémis mise en place par l’Union européenne qui avait mis fin à un quasi génocide en Ituri(province orientale de la RDcongo) en 2003 exécuté par la milice de Thomas Lubanga actuellement incarcéré à la Haye. Même si l’on ne peut pas comparer le conflit interethnique de l’Ituri à l’époque entre Hema et Lendu à ce qui se déroule dans les territoires de Beni-Lubero, l’enjeu reste le même, la paix, sans laquelle le pays de Lumumba ne retrouvera pas la stabilité. Or, cette stabilité dépend aussi des autorités issues des élections crédibles qui doivent rendre des comptes à leurs électeurs et non celles qui se maintiennent au pouvoir parla force et par défi.

Dans tous les cas, au Sud-Kivu et au Nord-Kivu en général, et dans les territoires de Beni-Lubero en particulier où les atrocités d’une si rare violence contre des populations non armées n’ont jamais été observées, l’urgence c’est d’abord la sécurité et la paix. Et le GLPIC ne ménagera aucun effort pour participer à toutes les opérations et autres initiatives susceptibles de contribuer à l’avènement d’une paix durable dans la région.

Posted by Faustin Mbusa

GLPIC Advocay

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0