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Résultats du dialogue inclusif de Kinshasa

RDCongo:Enfin un accord obtenu dans la douleur

PAR FAUSTIN MBUSA, 31 DECEMBRE

Un accord a enfin été trouvé entre l’opposition et la majorité présidentielle à Kinshasa sous la médiation des évêques catholiques de la République Démocratique du Congo. Alors que ce dialogue dit de la dernière chance devait durer trois jours à compter du 08 décembre 2016, il a fallu trois semaines des tractations pour aboutir à un accord qui du reste est incomplet. Cet accord tant attendu maintient Joseph Kabila au pouvoir jusqu’à l’élection de son successeur prévue en 2017 mais lui interdit de se représenter pour un troisième mandat.

" Après un accouchement dans la douleur, le bébé est enfin là. J’espère qu’il sera vraiment entretenu pour qu’au bout d’une année, nous soyons vraiment assis sur une démocratie forte. Au début de la semaine prochaine, il y aura une annexe qui précisera quelques détails, comme le chronogramme que vous ne trouverez pas dans ce grand accord, c’est-à-dire tout ce qui doit être fait pour que cet accord soit effectif". C’est en ces termes que s’est confié à la presse l’abbé Nshole, Secrétaire Général de la Cenco avant la cérémonie de clôture du dialogue au centre interdiocésain de Kinshasa qui est intervenu ce samedi 31 décembre vers 23h heures de Kinshasa.. Ont signé cet accord les représentants de la majorité présidentielle dirigée par Alexis Thambwe Mwamba, l’opposition dite républicaine représentée par Vital Kamerhe, le Rassemblement des forces acquise au changement et alliés représenté par l’UDPS Félix Tshisekedi, secrétaire général du parti cher à son père Etienne Tshisekedi. La société civile a quant à elle éét représentée par Marie Madeleine Kalala.

Le maintien de Kabila, une prime à la mauvaise foi politique

Les grandes lignes de l’accord prévoient une période de transition politique qui permet à Joseph Kabila de rester au pouvoir jusqu’à l’élection du nouveau président. Les délégués de Kabila se sont engagés à ne pas organiser de référendum et de ne pas modifier la constitution pour prétendre à un troisième mandat. Ce point de l’accord qui accorde une année de plus à Kabila, est interprété par une certaine opinion comme une prime à l’absence de volonté politique chez l’actuel chef de l’Etat qui n’a pas voulu organiser les élections dans les délais constitutionnels. Aujourd’hui personne n’est capable d’expliquer pourquoi les élections n’ont pas eu lieu avant le 19 décembre 2016, date de la fin du second et dernier mandat de Joseph Kabila à la tête de la République Démocratique du Congo. Or tout politicien averti ou du moins celui qui est soucieux du respect des règles démocratiques et ayant un sens de l’honneur, sait bien que la sortie se prépare à l’entrée. Autrement dit, une fois élu, un responsable politique prépare l’élection de son successeur au lendemain de son entrée en fonction.

La primature, pendant cette période de transition devrait revenir au Rassemblement des forces sociales acquises au changement. Autrement dit le gouvernement éléphantesque de Badibanga est supposé démissionnaire. C’était d’ailleurs une entorse aux négociations qui étaient en cours. Si l’objectif est de garantir l’organisation des élections dans les délais, la fin de l’année 2017 est quelque peu imprécise. Pour ceux qui n’ont pas confiance en Joseph Kabila, ils estiment qu’il serait judicieux de fixer l’organisation des élections au début du second semestre 2017 pour que le nouveau président soit élu avant le départ de Kabila.

Néanmoins, on peut espérer que le comité de suivi qui sera dirigé par M. Etienne Tshisekedi et qui sera composé de 28 membres, sera suffisamment fort dans le contrôle de l’application de l’accord et que la pression de la société civile et des amis du Congo ne sera pas relâchée pour contraindre Joseph Kabila à quitter la pouvoir avant la fin de 2017 si seulement son successeur est élu. On peut espérer que les congolais auront tiré les leçons du comportement de Kabila pour ne plus subir un quelconque glissement d’un mandat politique.

Le Mouvement de Libération du Congo(MLC) isolé.

Le parti cher à Jean Pierre Bemba n’a pas voulu signer cet accord. Madame Eve Bazaiba, secrétaire général de ce parti, a estimé que tout le contenu de l’accord avait déjà été "boutiqué" à l’avance entre l’UDPS et la majorité présidentielle pour gérer ensemble la période de transition en excluant les autres formations politiques. Selon Bazaiba, le MLC est inquiet parce que les signataires de l’accord seront à la fois juges et partis étant entendu qu’ils seront en train de cogérer la chose publique en même que ce qui concerne le monitoring de l’éxécution de cet accord et qu’il sera difficile pour eux de s’autocontrôler. Le MLC craint, selon le secrétaire général, que la majorité et les signataires membres du Rassemblement alliés à Tshisekedi, se complaisent à rester au pouvoir et de ne pas se préoccuper de l’alternance politique(...). Le MLC pourra-t-il rester longtemps à l’extérieur sans complètement s’isoler à partir du moment où toutes les forces politiques semblent prendre le train en marche sous l’impulsion de la Cenco qui a promis de bien veiller au grain ? L’avenir nous le dira.

Le sort des prisonniers politiques : un examen au cas par cas.

Quant au sort des prisonniers politiques, un haut conseil des magistrats sera mis en place pour examiner au cas par cas les dossiers des opposants détenus afin de décrisper la situation politique en RDCongo. Sans être formelles, certaines indiscrétions dans les couloirs du centre interdiocésain indiquaient hier que les évêques auraient obtenu du chef de l’Etat, l’abandon des poursuites judiciaires contre les opposants politiques,notamment Mbusa Nyamwisi, Roger Lumbala, Floribert Anzuluni, Moise Moni Della et les leaders des mouvements pro-démocratie. Les prélats catholiques ont également indiqué qu’ils continueraient à discuter avec le chef de l’Etat des cas de Moise Katumbi et de Diomi Ndongala.

Une classe politique la plus bête d’Afrique ?

Si la signature de cet accord intervient aussi tardivement, c’est aussi parce que la classe politique congolaise est beaucoup plus animée par l’intérêt personnel que celui de la nation. Au moment où les négociations piétinaient, certains évêques se plaignaient de la médiocrité gravissime de la classe politique congolaise. Certains d’entre ces politiciens participant aux négociations remettaient en cause tout ce qui avait été convenu la veille avec leur assentiment. Souvent téléguidés lors des négociations, les politiciens congolais ont souvent voté en fonction des promesses relatives à des postes politiques plus rémunérateurs comme ce fut le cas à Sun-City où les prises de position étaient dictées par coups de téléphones dans les couloirs. Le peuple dont ils se réclament quand ils ont besoin des suffrages, est complètement oublié. L’une des preuves a été la formation du gouvernement Badibanga fort de 68 membres dont certains ministres sont les seuls à connaître l’intitulé de leurs ministères car créés de toutes pièces pour caser les copains.

Le GLPIC espère que cet accord contribuera un tant soit peu à l’avénement d’une paix durable das la région de grands lacs qui en a grandement besoin.

Posted by Faustin Mbusa

Advocacy Officer, GLPIC

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