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Conséquences de l’annonce d’un gouvernement élephantesque avant l’issue des négociations

RDCongo : Des affrontements meurtriers dans plusieurs villes du pays

PAR FAUSTIN MBUSA, 21 DECEMBRE 2016.

Alors que les congolais attendaient la fin du dialogue dit de la dernière chance sous la médiation des évêques catholiques, le président Joseph Kabila a ordonné la publication d’un nouveau gouvernement par son premier ministre issu du dialogue Kodjo, M. Samy Badibanga, dans la nuit du lundi 19 au 20 décembre. Un gouvernement éléphantesque de plus de 60 membres dont la publication n’a fait qu’exacerber la tension déjà très forte dans le pays suite au glissement du second et dernier mandat de Kabila qui devait prendre fin le 19 décembre. Une provocation et un mépris pour le peuple congolais que M. Thsisekedi, l’opposant historique congolais, a bien exploitée en invitant les congolais dans une déclaration lue sur les réseaux sociaux, à ne plus reconnaître Kabila comme chef de l’Etat.

Des affrontements ont opposé jusque tard dans la nuit de ce mardi 20 décembre des manifestants contre les forces de l’ordre dans plusieurs villes de la République Démocratique du Congo. Les opposants au régime de Kabila rappelaient à ce dernier que son second et dernier mandat avait pris fin le 19 décembre à minuit.

Ce qui a mis le feu aux poudres, la publication du nouveau gouvernement par le nouveau premier ministre M. Samy Badibanga alors que les congolais attendaient l’issue du dialogue dit de la dernière chance conduit par l’Eglise Catholique, suspendu momentanément et qui devait reprendre ce mercredi 21 décembre. L’annonce de ce gouvernement a été considérée comme un mépris non seulement pour les congolais mais aussi pour les évêques catholiques qui se sont investis dans le dialogue pour trouver des solutions à la gestion d’une courte transition pouvant permettre de préparer sereinement les élections pour élire un nouveau président.

Bien plus, le nombre des membres de ce fameux gouvernement, évalué à 67 ministres et vice-ministres a donné l’impression de servir des intérêts personnels que ceux des congolais au regard de nouveaux ministères créés de toutes pièces juste pour servir une clientèle présidentielle qu’autre chose.

"Kabila n’est plus chef de l’Etat congolais", dixit Tshisekedi

M. Tshisekedi figure historique de l’opposition congolaise, président de l’UDPS, dont le parti participe au dialogue inclusif dirigé par l’Eglise catholique à la tête du Rassemblement des forces acquises au changement, a profité de cette ambiance électrique pour appeler le peuple congolais à ne plus reconnaître Kabila comme chef de l’Etat son mandat ayant pris fin et ayant choisi de le prolonger par la force. Ce que le président de l’UDPS qualifie de coup d’Etat. Cette déclaration a été considérée par une partie de la jeunesse congolaise comme un appel à la révolte et à la chasse du régime Kabila.

Des affrontements meurtriers, des arrestations et détentions arbitraires dans plusieurs villes du pays

Des scène de violences ont été enregistrées dans certains quartiers populaires de Kinshasa. Les affrontements entre la police et les manifestants auraient fait 11 morts selon le gouvernement. Un bilan beaucoup plus lourd selon les organisations des droits de l’homme et d’autres associations contactés dans différents quartiers de Kinshasa.

D’après les témoins, la police et la garde républicaine ont arrêté et torturé plusieurs manifestants. Ces forces de l’ordre tiraient parfois à balles réelles sur des petits groupes des jeunes manifestants qui répliquaient avec des jets de pierre. Ces scènes de violence ont été particulièrement intenses dans les quartiers de Lemba Foire ainsi qu’au rond point Ngaba sur la route de l’Université de Kinshasa.

Le campus de cette université était encerclé par la police pour empêcher les étudiants de descendre dans la ville pour gonfler les rangs des manifestants. Plusieurs arrestations et détentions ont été effectuées par la garde républicaine sans motifs valables tel que les attroupements. D’autres personnes ont été arrêtées à leur domicile pour appartenance à des mouvements de l’opposition suite à des signalements des agents de l’agence nationale des renseignements. D’autres personnes ont été libérées quelques heures plus tard contre 5000 francs congolais par personne, versés aux commandants de la police ou de la garde républicaine ont rapporté certaines familles des victimes contactées à Kinshasa.

A Kananga, dans le centre du pays, l’école de formation des officiers(EFO), aurait été attaquée par les miliciens de Kamuena Nsapu, une milice locale déterminée à venger son chef traditionnel dont l’assassinat a été attribué au gouvernement de Kabila. Les affrontements se sont étendus à l’aéroport de la ville.

A Lubumbashi, la deuxième ville du pays, plusieurs sources ont fait état de plusieurs morts dont le nombre reste à préciser compte tenu de la confusion qui règne sur le terrain. Mais les corps sans vie de 2 policiers ont été trouvés à Matipisha près de Lubumbashi et 3 autres sur la route de Kipushi. A Manono, dans la province du Tanganyika, on dénombre une dizaine de morts et 40 blessés. Un bilan provisoire annoncé par un chercheur de Human Rights Watch dans la région suite à l’attaque de la ville par les pygmées

Scènes de guerre à Butembo, dans la province du Nord-Kivu

Des hommes armés non autrement identifiés, qui seraient apparentés aux mai-mai, ont attaqué le quartier général de la MONUSCO à Butembo, hier dans la matinée. Les assaillants voulaient s’opposer à la présence des rebelles sud-soudanais du vice-président déchu Riek Machar, qui aurait été signalée sur la base militaire de la MONUSCO à Butembo, logés dans des tentes, ont rapporté les sources contactées dans la ville.

Il convient de rappeler qu’un contingent de rebelles sud-soudanais a été pris en charge, il y a quelques temps, par le gouvernement de Matata Ponyo, non loin de l’aéroport international de Goma, sans l’accord du parlement congolais, mais par le fait du prince, Joseph Kabila. Une présence mal vue dans une zone instable par certains politiciens qui accusent Kabila de pouvoir les utiliser pour se maintenir au pouvoir à la fin de son mandat.

Le bilan provisoire des affrontements fait état de la mort de 10 casques bleus et de plusieurs blessés qui ont été évacués par hélicoptère vers Kampala par l’aéroport de Beni-Mavivi, selon une source proche de la MONUSCO à Butembo. Un élément de la police qui a requis l’anonymat a parlé d’un certain nombre des victimes dans les rangs des FARDC et de la Police mais aussi chez les assaillants tout en dénonçant l’attitude du gouvernement qui minimise la situation en parlant du calme sur toute l’étendue de la république mis à part quelques escarmouches dans deux petits coins du pays en parlant de Butembo.

Le détachement des Forces Armées de la République Démocratique du Congo(FARDC) à Butembo a envoyé ses éléments à la trousse des assaillants qui auraient opposé une résistance qui a nécessité d’importants renforts. En conséquence, on note une présence massive des militaires nerveux dans la ville et des arrestations arbitraires des jeunes gens jusque dans des familles, soupçonnés d’être en intelligence avec ces assaillants.

Le GLPIC dénonce toutes ces violences et invite les autorités politico-militaires à la retenue ainsi que toutes les forces de l’opposition à privilégier le règlement de leurs différends par les voies pacifiques susceptibles d’aboutir à un paix durable.

Posted by Faustin Mbusa

Advocay Officer, GLPIC

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