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Protection des enfants dans les conflits armés

RDCongo : 40 enfants soldats sauvés par "Geneva Call" des rangs des groupes armés.

PAR FAUSTIN MBUSA, 10 FEVRIER 2017

Les enfants figurent parmi les premières victimes des conflits armés qui durent depuis plus de vingt ans dans la région des grands lacs africains. Vulnérables, ils sont parfois séparés de leurs parents lors des déplacements forcés et dans la panique provoquée par les affrontements entre groupes armés. Kidnappés, ils servent parfois comme esclaves sexuels ou tout simplement enrôlés de force par les opérateurs de la violence. Face à cette situation, "Geneva Call" ou l’Appel de Genève, une organisation non-gouvernementale Suisse, a dans ses missions, la protection des enfants dans les conflits armés. C’est dans ce cadre qu’elle a réussi à démobiliser 40 enfants soldats des rangs des groupes armés du Nord-Kivu au début de l’année 2017, en dialoguant avec ceux que Geneva Call appelle les Acteurs Armés Non Etatiques (AANE). Une action saluée par le GLPIC dans un environnement difficile aux réalités complexes.

" Plus de 40 enfants ont récemment quitté les rangs des mouvements armés opérant au Nord-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo. La plupart d’entre eux étaient membres de trois mouvements armés avec lesquels l’Appel de Genève a un dialogue depuis plus d’un an sur l’interdiction d’utiliser des enfants soldats. Suite à leur démobilisation, ces enfants ont été pris en charge par une organisation congolaise spécialisée dans la protection et la démobilisation d’enfants. La MONUSCO, la force des Nations Unies en RDCongo, a ensuite évacué à Goma les enfants qui souhaitaient prendre part au programme gouvernemental de démobilisation. Pendant trois mois, ils suivront une formation professionnelle pour les préparer à réintégrer la vie civile".

Le GLPIC se réjouit de cette action réussie, commentée sur le site de l’organisation, et souligne par cette occasion l’efficacité du dialogue avec les groupes armés comme moyen utilisé par "Geneva Call"de dissuader les groupes armés à enrôler les enfants dans leurs rangs. Cette opération réalisée avec succès par "Geneva Call" permet de reposer la question de l’efficacité du programme "Désarmement, Démobilisation et Réinsertion" des enfants soldats mis en place par les Nations Unies et le gouvernement de la République Démocratique du Congo. La question consiste à savoir si on a tout essayé pour mettre fin au phénomène des enfants soldats dans la région des grands lacs et plus particulièrement dans l’Est de la République Démocratique du Congo.

La démobilisation des enfants soldats, un problème complexe.

Pour le chercheur Guilain Mathe de l’Université de Lausanne qui travaille sur le rôle des groupes armés dans la reconstruction de l’Etat, la question de la démobilisation et de la réinsertion des enfants soldats est beaucoup plus complexe. Il estime que les réussites ponctuelles à démobiliser de petits groupes d’enfants contribueront certainement à sauver des affres de la guerre un certain nombre de victimes. Mais poursuit-il, la racine du mal est entière, le défi étant, à défaut d’enrayer complètement le problème, de trouver une solution durable. Depuis 2003, souligne-t-il, des milliers d’enfants ont été démobilisés, puis remobilisés à nouveau. Ce qui à ses yeux, apparaît comme un cercle vicieux et par conséquent un échec des solutions proposées. Pour ce natif de la région et qui connaît bien la situation, il faut plutôt chercher le mal à la racine en s’attaquant aux causes du phénomène "enfants soldats". Selon lui, les responsables de ce triste phénomène sont à situer au niveau local, national et international.

Au niveau local, il recommande, sans aucune prétention d’être exhaustif, d’organiser régulièrement des campagnes de sensibilisation à l’intention des familles sur la paternité et la maternité responsables. Car pour lui, les enfants qui s’enrôlent dans les groupes armés, en dehors de ceux qui le sont de force, viendraient souvent des familles défavorisées et nombreuses, vivant en dessous du seuil de pauvreté.

Au niveau national, plusieurs réformes doivent être réalisées pour améliorer la gouvernance dans le domaine social plus particulièrement en matière d’éducation et de l’emploi des jeunes formés. A ce sujet, il dénonce la gratuité de l’enseignement primaire proclamé sur tous les toîts par le gouvernement congolais alors qu’en réalité ce sont les parents qui financent eux-mêmes la scolarité de leurs enfants par la fameuse contribution des parents. Quant à l’emploi des jeunes diplômés, il est aléatoire étant donné que le chômage des jeunes avoisinerait les 80 %. Le paradoxe, c’est que les nouveaux contrats miniers signés par le gouvernement congolais, considérés comme léonins par une certaine opinion, ne prévoient pas systématiquement l’emploi des congolais comme priorité. Il est par exemple surprenant que l’entreprise d’exploitation d’or "Kibali Gold" dans le Haut Uelé, puisse employer sur un effectif d’environ 1500 travailleurs, plus de 80% du personnel expatrié notamment des sud africains, des tanzaniens, des rwandais et des ougandais alors que la RDCongo connaît un taux record de chômage chez les congolais d’environ 90%.

Sur le plan international, la RDCongo est un scandale géologique avec une centaine des minerais évaluées par le PNUE( le Programme des Nations Unies pour l’Environnement) à 24 000 milliards de dollars soit le PIB combiné de toute l’Europe et des Etats-Unis. Le problème est que les firmes occidentales les exploitent à vil prix en versant des droits d’exploitation insignifiants aux seules autorités civiles et militaires en ne payant pas d’impôts pour alimenter les caisses de l’Etat. Cette situation maintient par conséquent les populations propriétaires de ces matières premières dans une pauvreté inadmissible à la limite d’un esclavage déguisé. En outre, les prix de ces matières sont fixés sur le marché par les institutions financières internationales sans se soucier des pauvres congolais. Sans oublier toutes ces guerres provoquées et imposées au "Kivu" qui font le bonheur des industries d’armement et des firmes dont la plupart sont basées en occident.

Une instabilité, une pauvreté entretenues et des responsabilités partagées

En réalité, l’instabilité de la région de grands lacs en général et de la RDCongo en particulier, arrange les commanditaires intéressés car ce climat de violence permet un accès facile à ses ressources naturelles. Malheureusement avec la complicité d’une élite locale, nationale et régionale qui se recrute également dans les pays voisins. Autrement dit, les industries militaro-financiers ainsi que les pouvoirs des pays voisins n’ont pas intérêt à voir une RDCongo, grande, forte avec des institutions stables et des dirigeants intelligents ayant le sens de l’honneur et de l’intérêt général, susceptibles de siffler une récréation qui a trop duré. La preuve, alors que les négociations sur l’organisation de la transition avec comme objectif d’organiser les élections avant de l’année 2017 en vertu de l’accord du 31 décembre 2016, étaient sur le point d’aboutir à Kinshasa, sous l’égide des évêques catholiques, on a vu le retour des rebelles du M23 dans le parc des Virunga. Ces derniers ont abattu deux hélicoptères de l’armée congolaise et achevé ses occupants, alors qu’ils étaient sensés être cantonnés dans un camp militaire en Ouganda sous l’autorité du gouvernement de ce pays.

Suite à cette menace permanente avec en toile de fond un pillage éhonté des ressources naturelles de la RDCongo, malgré les volumineux rapports des Nations Unies sur la situation, les populations congolaises continuent à s’appauvrir et sont réduites à l’image contrastée des simples mendiants assis sur des mines d’or, de diamant, de cuivre, de coltan,..Entretemps, ces métaux précieux et surtout le coltan, continuent à contribuer au confort des occidentaux à travers les téléphones portables et autres ordinateurs portables de marque dont les composants électroniques importants sont les dérivés. Malheureusement au détriment des familles entières déstructurées par les violences sexuelles faites aux femmes et des enfants soldats, la plupart du temps chair à canon, qui en font les frais.

Quelques pistes de solution

Le GLPIC doit toute sa reconnaissance à l’action de Geneva Call en faveur des enfants soldats congolais et davantage pour sa capacité à sensibiliser l’opinion Suisse sur le drame congolais. En outre, tout porte à penser qu’un début de solution viendra aussi d’une certaine pression sur les dirigeants congolais qui ont tendance à résister à toute idée relative à l’alternance politique. Autrement dit, la marche vers une paix durable peut aussi passer par la mise en place des institutions stables par des voies démocratiques, investies d’une légitimité susceptible de leur permettre de lever l’impôt qui manque cruellement au développement de ce pays.. Cette étape franchie, on peut espérer que des entreprises fiables et surtout extractives, pourront s’installer dans des conditions légales et juridiquement protégées en vue d’exercer leurs activités dans la transparence. La conséquence logique, peut-on l’espérer, sera de sécuriser à tout prix leurs carrés miniers, d’embaucher les populations locales et par conséquent les jeunes en âge de travailler qui ne choisiront plus les groupes armés. Car il faut le souligner, un jeune desoeuvré, sans éducation, sans pouvoir d’achat et socialement précaire, est une proie facile à enrôler par un Acteur Armé Non Etatique ou une milice qui lui promet le pouvoir au bout du canon et la richesse sans effort.

Or, il existe aussi dans cette province du Nord-Kivu des solidarités traditionnelles dont l’objectif est de lutter contre la pauvreté. Si elles sont revalorisées et remises au goût du jour, elles peuvent éviter à certains jeunes de subir les humiliations de l’enrôlement forcé par les groupes armés et ainsi contribuer à la consolidation de la paix dans la région.

Autrement, s’il faut considérer le nombre des victimes des conflits armés en République Démocratique du Congo, évaluées à environ 5 millions par les rapports de certaines ONG opérant dans la région, sacrifiées sur l’autel des intérêts économiques, la tentation serait de souscrire à la thèse de Dambisa Moyo. L’économiste Zambienne affirme dans son livre intitulé " Dead Aid. Why Aid is not working and how there is another Way for Africa"(L’Aide fatale. Les ravages d’une aide inutile et de nouvelles solutions pour l’Afrique), elle affirme avec force que "les pays les plus pauvres du monde n’ont pas besoin d’un système politique démocratique, mais d’un dictateur bienveillant et expérimenté, décidé à faire passer les réformes indispensables à la relance économique".

Posted by Faustin Mbusa

Advocacy Officer GLPIC.

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