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Le conseil de sécurité de l’ONU renouvelle le mandat de la MONUSCO sur fond des massacres dans le pays

RDCongo : 23 fosses communes documentées au Kasaï par le Bureau des Nations Unies aux Droits de l’Homme.

PAR FAUSTIN MBUSA, 01 AVRIL 2017

Le conseil de sécurité des Nations Unies a adopté à l’unanimité le vendredi 31 mars la résolution 2348 qui proroge le mandat de la MONUSCO ( Mission d’Observation des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo). Cette prorogation qui court jusqu’au 31 mars 2018, intervient au moment où un climat d’insécurité grandissante règne dans la province du Kasaï suite aux affrontements entre les forces de sécurité et la milice restée fidèle au chef Kamuina Nsapu assassiné au mois d’Août dernier par les forces gouvernementales. Depuis, l’on signale dans la région, des fosses communes, des massacres et autres exécutions extra-judiciaires et des déplacements massifs des populations. Le GLPIC se félicite de la prorogation de cette mission compte tenu de la fragilité actuelle de l’Etat congolais tout en espérant qu’elle agira avec beaucoup plus d’efficacité au regard de la gravité des menaces qui pèsent sur la paix en RDCongo.

Le nouveau mandat de la MONUSCO prorogé par la résolution 2348 du Conseil de Sécurité des Nations Unies est centré sur deux priorités : la protection des civils et l’appui à la mise en oeuvre de l’accord politique du 31 décembre 2016. Pendant que les membres du Conseil de Sécurité votaient la résolution 2348 dont un des volets est consacré à la protection des civils, des affrontements entre les policiers et les éléments de la milice de Kamuina Nsapu se poursuivaient au Kasaï. Les corps des 42 policiers décapités ont été retrouvés dans une fosse commune à Kamuesha, à environ 75 km au Nord-Est de Tshikapa, capitale de la province du Kasaï. Au même moment, on déplorait encore une fois dans le fameux triangle de la mort, l’axe Oicha, Mbau, Kamango dans le territoire de Beni, l’assassinat de 26 personnes par les tristement célèbres rebelles ougandais des ADF (Allied Democratic Forces).

Des corps sans vie des experts de l’ONU, a qui profite le crime ?

Alors que le gouvernement congolais parlait de montage lorsque les premières images des militaires des FARDC tirant à bout portant sur des miliciens non armés au Kasaï et achevant les survivants, apparaissaient sur les réseaux sociaux, la MONUSCO a projeté une enquête. L’accès aux sites n’est pas du tout facilité par le gouvernement congolais dans un premier temps. Lorsque la pression s’accentue, deux experts des Nations Unies sont dépêchés sur le terrain. La suédoise Zahida Catalan et l’américain Michael Sharp. Les deux enquêteurs disparaîtront dès la première semaine de la mission le 12 mars 2017. Leurs corps sans vie ainsi que ceux de deux de leurs accompagnateurs ont été retrouvés le lundi 27 mars près de la rivière Moyo au Kasaï central. Parmi ces congolais, M. betu Tshintela était l’interprète, Isaac Kabuayi était conducteur de moto ainsi que deux utres personnes non autrement identifiées précise le rapport de Human Right Watch.

A ce stade la question consiste à savoir , à qui peut bien profiter l’assassinat des experts de l’ONU. S’il faut considérer les réticences du gouvernement congolais à permettre la MONUSCO à ouvrir une enquête sur les premiers massacres du Kasaï, des lourds soupçons peuvent s’orienter vers le gouvernement dont les forces de l’ordre sont accusées d’avoir eu la gâchette facile face à des miliciens simplement armés de bâtons, de lances et de machettes et exécutés sans sommation. Le gouvernement congolais qui n’avait pas besoin des témoins gênants pour mettre au grand jour un crime d’Etat, s’est empressé d’attribuer ce forfait aux miliciens de Kamuina Nsapu sans qu’aucune enquête indépendante n’ait été diligentée. Ce décompte macabre est malheureusement loin de s’arrêter.

Les fosses communes passent de 7 à 23 au Kasaï selon l’ONU.

"Nos avons documenté 23 sites des fosses communes dans différentes localités : à Nkoto, Kabeya Kamwanga et Tshimbulu. Ces informations ont été partagées avec les grandes autorités judiciaires, civiles et militaires. La situation est très préoccupante. Il faut faire la lumière. Il faut traduire en justice les responsables de cette tuerie qui s’est passée et qui continue. Nous sommes préoccupés par le niveau des chiffres" s’alarmait ce 31 mars à Kinshasa, M. José-Maria Aranaz, le Directeur du Bureau Conjoint des Nations Unies pour les Droits de l’Homme (BCNUDH). Les victimes seraient essentiellement des miliciens présumés de Kamuina Nsapu, dont plusieurs mineurs qui auraient été abattus dans des affrontements par les FRADC. Certaines auraient été blessées, d’autres achevées dans leurs cahettes ou dans des maisons où elles pensaient trouver refuge, selon les premières explications de l’ONU. Alors qu’aucune lumière n’ a jusque là été faite sur la situation du Kasaï, M. Aranaz souhaite qu’une enquête indépendante soit diligentée sur la question et que celle-ci nécessite l’implication de l’Union africaine et d’autres organisations internationales a côté du gouvernement congolais afin que les auteurs soient identifiés et punis.

Ces massacres à répétition à l’exemple de ceux de Beni, semblent ne pas émouvoir le chef de l’Etat congolais dont le silence inquiète certains observateurs qui vont jusqu’à à l’accuser d’instrumentaliser la violence dans le but de ne pas organiser les élections au motif qu’il y a de l’insécurité dan le pays. Cette politique macabre lui permet ainsi, au mépris des victimes de la répression policière, de s’accrocher et de rester pour longtemps encore au pouvoir à Kinshasa. Mais alors, serait-il le seul responsable ? Que non. Seul face aux congolais soucieux de sortir la RDCongo de la crise, il ne résisterait pas. Bien plus, alors qu’il n’a pas participé directement aux négociations de l’accord du 31 décembre, il est accusé de bloquer la mise en oeuvre de l’arrangement particulier. A l’opposition d’ obliger le chef de l’Etat à se conformer aux prescrits de l’accord étant entendu qu’elle doit présenter un seul nom du premier ministre de transition et non trois en vertu du fameux accord. Toute cette situation d’insécurité est une conséquence de la mauvaise culture politique des politiciens congolais de tout bord.

Non application de l’accord du 31 décembre 2016, tous responsables.

Conformément à la résolution 2348 du Conseil de Sécurité des Nations Unies du 31 mars 2017," le nouveau mandat de la MONUSCO consiste à fournir un appui technique et politique à la mise en oeuvre de l’accord du 31 décembre 2016," notamment au CNSA (Conseil National de Suivi de l’Accord(...) afin de favoriser la réconciliation, la démocratisation et d’ouvrir la voie à la tenue d’élections avant la fin de l’année 2017". Cela peut paraître comme du déjà vu dans la mesure où la résolution n’a pas un caractère coercitif. Le cynisme et l’égoïsme des acteurs politiques congolais les aveuglent à tel point qu’ils semblent ne pas voir ce qui se passe dans leur propre pays. On massacre les congolais et les politiciens regardent ailleurs. Ils préfèrent l’illégalité à l’alternance pour mieux conserver leurs intérêts personnels comme le déplorait Mgr Utembi, président de la CENCO après l’échec des négociations qu’il présidait au nom de l’Eglise catholique.

Une situation que M. François Delattre, l’ambassadeur de France à l’ONU a souligné devant le Conseil de Sécurité lors de l’adoption de la résolution 2348 en ces termes :" le nouveau mandat de la MONUSCO est adapté aux enjeux politiques et sécuritaires de la RDCongo. C’est le point essentiel, car l’objectif de la négociation qui s’achève était d’adapter le mandat de la MONUSCO aux enjeux politiques et sécuritaires du pays notamment cette année. La RDCongo est dans une situation institutionnelle inédite. Le mandat de l’ensemble des institutions électives a expiré". Ce qui peut paraître étonnant est que l’ONU semble découvrir la situation alors qu’elle est présente à Kinshasa à travers la MONUSCO et ses agences spécialisées.

Le GLPIC espère qu’elle pèsera cette fois-ci de tout son poids pour aider les congolais à se choisir librement leurs dirigeants à travers des élections libres et transparentes afin de ramener un tant soit peu la paix qui fait cruellement défaut en RDCongo.

Posted by Faustin Mbusa

GLPIC, Advocay Officer.

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