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Contre l’obstruction de l’alternance politique et du processus électoral

RDCONGO : Les USA et l’Union Européenne gèlent les avoirs des dignitaires congolais

PAR FAUSTIN MBUSA, 13 DECEMBRE 2016

Les Etats-Unis et l’Union Européenne ont pris le lundi 12 décembre des sanctions contre un certain nombre des dignitaires congolais proches du président Joseph Kabila. Ces personnalités mises en cause, dont notamment M. Evariste Boshab, M. Kalev Mutond, respectivement ministre de l’intérieur et directeur général de l’Agence Nationale des Renseignements(ANR), sont accusées de menacer les institutions et le processus démocratique en République Démocratique du Congo.

Dans un communiqué publié ce lundi 12 décembre, le Trésor américain a indiqué que les avoirs qui se trouvent sous la juridiction des USA, appartenant à certains dignitaires congolais proches du président Joseph Kabila étaient gelés. Il est interdit, dans le même document, aux citoyens américains de mener des transactions avec ces personnes nommément citées. Outre M. Boshab et Kalev Mutond, le communiqué reprend le nom du général Gabriel Amisi Kumba alias Tango Four, cité dans plusieurs rapports de l’ONU et de plusieurs ONG pour trafic d’armes et des minerais. Sur la liste, on retrouve également le nom du général John Numbi, accusé d’avoir commandité l’assassinat de M. Floribert Chebeya, ancien président de l’organisation de défense des droits de l’homme " La Voix des Sans Voix"(VSV).

Des charges très précises contre M. Boshab et M. Kalev Mutond

Le gouvernement d’Obama accuse M. Evariste Boshab d’avoir corrompu les parlementaires congolais à coup de fortes sommes d’argent afin qu’ils cautionnent la prolongation du mandat de Joseph Kabila. Pour le département d’Etat américain, M. Boshab est l’un des acteurs clés dans le glissement du pouvoir de Kabila au-delà du 19 décembre 2016, fin officielle du second et dernier mandat de Joseph Kabila à la tête de la RDCongo. Quant à M. Kalev Mutond, le document indique que ce dernier aurait ordonné des écoutes de l’opposition, serait impliqué dans la répression des manifestations, l’emprisonnement des opposants et les exécutions extra-judiciaires. Selon le même communiqué, M. Kalev Mutond, très influent, aurait favorisé le trafic illégal des minerais.

Les restrictions immédiates de l’Union Européenne

Les sanctions de l’Union Européenne portent sur des mesures restrictives en matière de déplacement mais aussi sur le gel des avoirs. Ces mesures ont été immédiatement adoptées par les chefs de la diplomatie européenne contre les personnalités suivantes : M. Ilunga Kampete, général Gabriel Amisi Kumba, Ferdinand Ilunga Luyoyo, général Célestin Kanyama, John Numbi, Roger Kibelisa et le général Delphin Kahimbi. L’Union Européenne reproche à ces personnalités appartenant aux forces armées et de la sécurité congolaises, d’avoir contribué en les planifiant, dirigeant ou commettant, des actes constituant de graves violations des droits de l’homme en République Démocratique du Congo. Le gouvernement congolais a déjà fait savoir qu’il contestera ces sanctions auprès du Conseil de sécurité de l’ONU, qu’il qualifie d’impérialistes par la voix de M. Lambert Omalanga porte parole du gouvernement sortant.

Autres sanctions à venir.

Les 28 ministres des affaires étrangères de l’UE, ont menacé d’étendre cette liste " en cas d’obstruction" au processus électoral. Bruxelles se dit préoccupée par la situation en RDCongo, estime qu’un nouveau gouvernement doit fonder sa légitimité sur un cadre politique défini de manière claire et inclusive, faute de quoi ses relations avec Kinshasa seraient gravement affectées. C’est la raison pour laquelle l’Union européenne encourage la voie du dialogue en soutenant la démarche des évêques tout en appelant les congolais à la retenue à l’approche de la date du 19 décembre, récusant ainsi toute forme de violence.

L’efficacité des sanctions difficile à mesurer.

Il est toujours difficile de mesurer l’efficacité des sanctions des pays occidentaux contre les opérateurs de la violence dans les pays du sud dans la mesure où les personnalités incriminées détiennent encore beaucoup de pouvoir au regard de leurs fonctions. Concernant la République Démocratique du Congo, les autorités civiles et militaires, sur lesquelles repose le pouvoir du président Joseph Kabila, jouissent d’une protection qui leur assure une impunité totale quelle que soit l’ampleur des violations des droits de l’homme dont elles peuvent être accusées. Autrement dit, à partir du moment où ces sanctions n’ont pas une force coercitive en dehors des pays qui les émettent, un congolais moyen ne saura toujours pas en apprécier la portée. En outre, dans la reconfiguration actuelle des nouvelles pôles de puissance, les sanctions orientent directement le choix de nouveaux partenaires qui ne s’embarrassent pas des prescriptions démocratiques. Il s’agit notamment de la Russie de Poutine et de la Chine, qui sont en train de remettre en scelle une autre guerre froide en s’agglomérant de nouveaux partenaires en fonction de leurs intérêts bien compris. Malheureusement contre l’intérêt des peuples opprimés à l’instar des congolais de Kinshasa qui, avec un brin de nostalgie, sont tentés de penser que c’était mieux avant. Malheureusement c’était avant.

Par Faustin Mbusa

Advocay Officer, GLPIC

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