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La paix toujours menacée en RDCongo par les violences policières et les groupes armés

Plus de 100 personnes tuées au Kasai-central par les forces de sécurité et plusieurs victimes de la milice Nyatura au Nord-Kivu

Par FAUSTIN MBUSA, 17 FEVRIER 2017

La sécurité dans la capitale Kinshasa est troublée par la poursuite policière contre les adeptes de la secte politico-religieuse Bundu Dia Kongo et leur chef, le député national Ne Muanda Nsemi qui dénie la nationalité congolaise au président Joseph Kabila. Le dernier bilan fait état de trois morts et de plusieurs blessés par les balles de la police à la résidence de l’élu du Bas-Congo. Au même moment, certaines associations de la société civile congolaise et de défense des droits humains continuent à publier un lourd bilan des victimes des violences policières ainsi que des groupes armés en République Démocratique du Congo. Plus de 100 morts en une semaine selon les différentes sources. La Mission des Nations Unies au Congo(MONUSCO) parle d’usage excessif et disproportionné de la force par les forces de sécurité. Le gouvernement plaide la légitime défense en leur faveur. Pendant ce temps la milice hutu Nyatura fait des victimes à Kyaghala, au Nord-Kivu, dans une certaine indifférence.

" Nous condamnons tout recours excessif à la force et demandons aux soldats des FARDC(Forces Armées de la République Démocratique du Congo) de se conformer à des normes acceptables du droit national et international relatif aux droits de l’homme dans leurs réponses". C’est en ces termes que s’est exprimé Mme Liz Throsell, porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme(HCDH) lors d’un point de presse tenu le mardi 14 février à Genève qui portait sur les exécutions extra-judiciaires commises par les militaires congolais au Kasai-central et à Kinshasa.

Utilisation disproportionnée de la force par les FARDC : des exécutions sommaires relayées par les réseaux sociaux.

Le recoupement des informations fournies par différentes sources et confirmées par les rapports d’associations font état de plus de 101 personnes tuées dans la province du Kasaï-Central par des FARDC. Les victimes sont tombées lors des affrontements avec des membres d’une milice locale restés fidèles à un chef traditionnel connu sous le nom de Kamuina Nsapu, tué par l’armée le 12 août 2016 car il disait ne pas reconnaître le pouvoir central du président Joseph Kabila. Ces violences auraient eu lieu dans le territoire de Dibaya autour de la ville de Tshimbulu. Différentes sources rapportent que, les soldats des FARDC tiraient ouvertement sur des miliciens sans sommation. Ces allégations sont relayées par des images difficiles sur les réseaux sociaux montrant des militaires en train d’achever des blessés. Certains étaient simplement armés de machettes et des lances. D’autres, précisent les mêmes sources, dont l’évêché de Luiza, par la voix de Mgr Félicien Mwanama, étaient mains nues. Parmi les victimes, on trouve des femmes dont 39 corps ont été retrouvés sans vie. Pour le prélat catholique, "les violences ont été exceptionnelles et d’une atrocité inimaginable pour des paisibles citoyens". L’évêque de Luiza déplore la fuite de ses fidèles qui ont déserté les paroisses de Ngwema, Mubinza, Kamponde, Mikele. Certains prêtres apeurés ont dû marcher jour et nuit pour trouver refuge ailleurs.

Face au nombre élevé des victimes le HCDH demande aux FARDC de faire particulièrement preuve de retenue et de recourir à la force uniquement quand c’est nécessaire et de manière proportionnée à la menace, de minimiser les dommages et préjudices afin de préserver les vies humaines.

Pour le gouvernement congolais, la légitime défense justifie la violence

Face à l’ampleur du drame et aux accusations formulées contre les forces de sécurité congolaises dans les violences du Kasai-Central, M. Mende, Porte parole du gouvernement n’a qu’une seule réponse en défendant les policiers et autres militaires, la légitime défense. Pour lui " avant qu’on puisse sanctionner, il faudrait établir les responsabilités par une commission d’enquête indépendante. Et nous exigeons poursuit-il, qu’elle soit menée par ce gouvernement et peut-être que la communauté internationale peut nous accompagner à travers la Monusco pour qu’on sache qui a fait quoi, quand et où". Et il accuse :" nous, nous savons que ces miliciens ont pillé des commissariats. Et si la Monusco a des informations différentes de celles que nous avons sur des pillages des entrepôts, des commissariats où des armes ont été prises par des gens qui ont formé des jeunes à l’usage des armes, où des policiers ont été tués par des armes à feu. Nous serions heureux de les partager au lieu de commencer à les répandre dans les médias..."

Face à la persistance de ces inquiétudes enregistrées à partir du Kasai-Central, M. Prosper Basse, porte-parole de la Monusco, a confié ce jeudi 16 février, que la force de l’ONU a dépêché une équipe mobile pluridisciplinaire sur le terrain. Sa mission est d’enquêter non seulement sur les allégations portant sur les fosses communes mais sur toute la violence qui a été enregistrée ces derniers temps dans cette province.

Au Nord-Kivu, des victimes Nande et Hunde tuées par la milice Nyatura dans l’ indifférence.

"La situation est tendue à Kyaghala en localité de Katwe, dans le groupement de Mutanda, chefferie de Bwito dans le territoire de Rutshuru, province du Nord-Kivu. Dans l’après-midi du lundi 13 février les miliciens NYATURA apparentés à la communauté Hutu, se sont pris aux paysans identifiés comme appartenant aux communautés NANDE et HUNDE se trouvant dans la zone. Selon le CEPADHO(Centre d’Etudes pour la Promotion de la Paix, la Démocratie et les Droits Humains) qui a publié cette information, les NYATURA se seraient mis à massacrer des paysans Nande à Kyaghala. Les victimes ont été assassinées dans leurs champs entre 12h00 et 15h00. D’autres ont été kidnappés reprend le communiqué. Un bilan provisoire faisait état de 3 personnes tuées, identifiées comme membre de la communauté Nande. Il s’agit de : 1. JACKSON KISALIWA, 45 ans, marié, père de 10 enfants. 2. KAMBALE MITESA, 35 ans, marié, père de 5 enfants. 3. DOKO KITAMBALA, 28 ans, marié, un enfant. Il laisse une femme enceinte. Treize autres personnes manquent à l’appel constate la CEPADHO après l’audition des membres de familles des victimes et le témoignage des chefs coutumiers locaux. Alertées par les survivants en fuite, les FARDC sont arrivées trop tard pour constater les dégâts et ramasser les corps sans vie.

Quant aux assaillants, ils auraient pris selon le CEPADHO, la direction de Nyanzale en passant par MALIANGA et Katwe. Maître Omar Kavota, directeur de cette organisation qui signe le communiqué, déplore le déplacement massif des populations de Kyaghala à Lusogha, Birundule, Mirangi et à Kanyabayonga où les conditions d’accueil sont précaires.

Le GLPIC condamne toutes ces exactions qui mettent en mal la cohabitation pacifique dans la région. Elle invite la Monusco et les autorités congolaises à diligenter une enquête indépendante afin de mettre la main sur les auteurs de ces tueries afin qu’ils répondent de leurs actes.

Posted by Faustin Mbusa

Advocacy officer, GLPIC.

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