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RDCongo : Pas d’accord au dialogue inclusif entre les parties

Panique et forte tension à Kinshasa à l’approche du 19 décembre

PAR FAUSTIN MBUSA, 17 DECEMBRE 2016

Alors que le dialogue inclusif entre les forces politiques congolaises sous la médiation de l’Eglise Catholique devait prendre fin ce samedi 17 décembre, faute d’accord, les négociations se poursuivront le mercredi 21 décembre. Le temps de voir si la tension va retomber après le 19 décembre, date de la fin théorique du second et dernier mandat du président Joseph Kabila. Entretemps, le déploiement de la police et des militaires dans les grandes villes du pays, les menaces de coupure d’internet et le communiqué du Rassemblement des forces acquises au changement, qui attribue le blocage des négociations au camp du Président Kabila, ne font que raviver la tension.

Le Rassemblement des forces acquises au changement a publié ce samedi, un communiqué qui fait état de ses désaccords avec le camp du président Kabila, qui n’ont pas permis la signature d’un accord susceptible de mettre fin à la crise congolaise dans l’immédiat. Les divergences porteraient selon le communiqué signé par Mme Eve Bazaiba Masudi pour le MLC(Mouvement de Libération du Congo) et Felix Tshisekedi pour l’UDPS(Union pour la Démocratie et le Progrès Social), sur la fin du mandat du président de la République, le fonctionnement des institutions après le 19 décembre 2016, l’engagement des parties prenantes à ne pas réviser la constitution dans ses dispositions verouillées par l’article 220, l’engagement de Kabila à ne pas briguer un troisième mandat.

Les points d’achoppement

En ce qui concerne le processus électoral, aucun accord n’aurait été trouvé quant à la séquence des élections, le calendrier électoral et la restructuration de la Commission Electorale Nationale Indépendante(CENI). S’agissant de l’élection présidentielle, le Rassemblement et ses alliés, soutiennent que celle-ci peut et doit se tenir impérativement en 2017.

Faisant allusion à la décrispation politique et aux prisonniers politiques, il aurait été recommandé la mise en place d’une commission de hauts magistrats pour une solution au cas par cas. Le Rassemblement et le Front pour le respect de la constitution notent l’engagement du pouvoir à traiter en signe de décrispation, sept cas emblématiques concernant : M. Moïse Katumbi, Jean Claude Muyambo, Moïse Moni Della, Antipas Mbusa Nyamwisi, Eugène Diomi Ndongala, Roger Lumbala et Floribert Anzuluni.

Le Rassemblement des forces acquises au changement rapporte que toutes les propositions constructives qu’elle a avancées pour résoudre les points de divergence ont été systématiquement rejetés par les signataires de l’accord de la cité de l’Union Africaine. Pour cette plateforme de l’opposition congolaise, c’est suite à toutes ces divergences qu’aucun accord n’a été trouvé à ce stade des négociations.

Mobilisation et vigilance face à la crise de légalité le 19 décembre

Le Rassemblement des Forces acquises au changement et ses alliés réitèrent leur soutien aux efforts de la CENCO, appuyée par la communauté internationale pour la conclusion d’un compromis global en vue de mettre fin à la crise en RDCongo. Il estime que la résolution de la crise actuelle, créée artificiellement selon lui, par Kabila et sa famille politique, passe par le strict respect de la Constitution, en particulier dans ses dispositions verouillées par l’article 220 sur le nombre et la durée des mandats du Président de la République. Engagées dans le combat pour l’instauration de l’Etat de droit, de la démocratie, de la bonne gouvernance, du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l’alternance politique, les forces acquises au changement constatent que les arrestations et le harcèlement de la population se poursuivent. A cet effet, le document fait état du déploiement excessif du dispositif militaire sur toute l’étendue de la République mettant de fait le pays sur un pied de guerre.

Les forces alliées à Tshisekedi, président de l’UDPS, demandent au peuple congolais d’être mobilisé et vigilant pour la défense de la Constitution de la République face à la crise de légalité et de légitimité qui sera ouverte à partir de ce lundi 19 décembre 2016 à 23h59’.

Inquiétudes au sein de la population, panique au sein du gouvernement qui redoute une attaque

La substance de ce communiqué rajoute de l’inquiétude à la psychose ambiante à Kinshasa et dans le reste du pays quant aux événements qui pourraient avoir lieu le 19 décembre 2016. La population dans son ensemble redoute des manifestations qui pourraient dégénérer en une violence incontrôlable doublée des pillages et autres actes de vandalisme.

La sérénité n’est pas non plus du côté des services de sécurité congolais qui redoutent une attaque contre la capitale qui serait favorisée par des puissances étrangères. A ce propos, selon une note qui fait le tour des réseaux sociaux, signée de la main du directeur de la sécurité intérieure du Congo-Kinshasa, M. Mulev Katond, les services de renseignements seraient en possession depuis vendredi 15/12/2016, des informations selon lesquelles, le chef de Kamuina Nsapu, - une milice née au centre du pays, création d’un chef traditionnel du Kasai, assassiné depuis par le pouvoir de Kinshasa, il y a quelques mois -, aurait ordonné l’attaque de la capitale, le 19 décembre, avec le soutien des puissances étrangères.

Ce document fait état des bombardements, des assassinats, des prises d’otages dans les prochains jours. Suite à ces informations, le Président Joseph Kabila, aurait ordonné aux forces de sécurité de mettre en place l’opération dénommée" kuua ubeberu"(en swahili, signifie neutraliser la force du bouc). Le chef de la sécurité intérieure instruit à travers ce document, les forces de police à protéger surtout le quartier administratif qui abrite les bureaux du président. D’autres officiers de la police y sont chargés d’avertir les services du Congo voisin d’une possible attaque.

A Kinshasa, de telles périodes peuvent être cyniquement exploitées par certaines autorités pour se remplir les poches en prétextant des attaques qui nécessitent des moyens conséquents pour y faire face. Certes, la période suscitent des sérieuses inquiétudes. Mais certaines informations diffusées par les services congolais peuvent inspirer une certaine méfiance tant le business de la guerre, qui ne finit jamais surtout à l’Est du pays, est devenue un sport national pour les autorités politico-militaires de la République Démocratique du Congo.

Posted by Mbusa Faustin.

Advocacy Officer, GLPIC.

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