Accueil du site > Alerte et Plaidoyer > Ouganda : plus de 80 morts lors de l’arrestation du roi des Bakonzo, Mumbere (...)

Ouganda : plus de 80 morts lors de l’arrestation du roi des Bakonzo, Mumbere Iremangoma.

Par Faustin Mbusa, 29 novembre 2016

La police ougandaise a arrêté le dimanche 27 novembre le roi des Bakonzo, sa majesté Charles Wesley Mumbere Iremangoma. Son palais royal a été pris d’assaut dans la matinée après des violents combats entre les forces de l’ordre et la garde rapprochée du monarque traditionnel du royaume de Rwenzururu, situé à l’Ouest de l’Ouganda. Le bilan avancé par les différentes sources recoupées fait état de 87 morts dont 16 policiers, 46 éléments de la garde royale et 25 autres corps sans vie, non autrement identifiés découverts par la police ce mardi 29 novembre.

Sa majesté le roi des Bakonzo est accusé par les autorités ougandaises de compter dans sa garde royale des militants séparatistes qui prôneraient la création d’une république Yira qui serait à cheval sur la frontière entre l’Ouganda et une partie de la province du Nord-Kivu en République Démocratique du Congo. Selon le porte parole de la Police ougandaise , Andrew Kaweesi, le président Museveni aurait appelé le roi des Bakonzo samedi dernier en l’ordonnant de démanteler sa garde royale. Mais le souverain aurait refusé de s’exécuter arguant qu’il n’avait rien à avoir avec les prétendus séparatistes. La seule solution était de prendre d’assaut son palais et de le faire sortir pour sa propre sécurité a poursuivi le porte-parole de la police. Le roi des Bakonzo a été incarcéré ce mardi à la prison de haute sécurité de Luzira, une banlieue de la capitale Kampala après avoir comparu devant un tribunal qui l’a condamné pour meurtre.

Pour rappel, le royaume de Rwenzururu est une monarchie traditionnelle basée non loin du mont Rwenzori. Les sujets du roi Mumbere Iremangoma sont de l’ethnie "bakonzo" dont la langue, le "kikonzo", présente de grandes similitudes avec le "Kinande", parlée par les Nande du Nord-Kivu en République Démocratique du Congo, majoritaires dans les territoires de Beni et de Lubero. Ce peuple dont les parents se trouvent à cheval sur la frontière qui sépare les deux pays revendiquent des ancêtres communs dits Yira qui se seraient dispersés suite aux différents épisodes migratoires.

Ce royaume des Bakonzo proclamé en 1962 connaît depuis des décennies une histoire mouvementée, émaillée des conflits armés avec les différents régimes qui se sont succédés à Kampala. Le président Museveni a reconnu officiellement ledit royaume en 2009.

Une arrestation musclée accompagnée des violences faites aux femmes Bakonzo

Quelques heures après l’arrestation du monarque, des images montrant des femmes à moitié nues et menottées, ont été publiées sur les réseaux sociaux sans expliquer les raisons de cette humiliation. La journaliste ougandaise, Joy Doreen Bira, originaire de cette région et qui couvrait ces violences, a été interpellée à Kasese dans la nuit de dimanche à lundi selon l’avocat des droits de l’homme Nicholas Opiyo. Cet événement rappelle les " Bouganda Riots " de 2009 en référence aux affrontements qui avaient opposé à Kampala, les partisans du " Kabaka" le roi traditionnel des Baganda contre les forces de l’ordre. Les manifestants s’opposaient à la mesure du gouvernement de Museveni qui interdisait à sa majesté, Ronald Mwenda Mutesi II, de circuler dans son royaume du Bouganda.

L’identité royaliste ougandaise, une persistance inédite dan la région des grands lacs

En dehors du royaume des Bakonzo, il existe en Ouganda d’autres royaumes dont le prestige ne se dément pas. Il s’agit du royaume du " Bouganda" dont les limites s’étendraient au bord du lac Victoria et ses environs dont la capitale Kampala ; le royaume du Bunyoro situé en Ouganda occidental sur les rives du lac Albert qui cohabite difficilement avec celui des Toro dans la même aire géographique ; le royaume des Acholi au nord de l’Ouganda dont le tristement célèbre seigneur de guerre Joseph Kony avec sa LRA( Lord Resistance Army) est originaire. Enfin, le royaume des Banyankole qu’on retrouve au sud ouest du pays qui est la communauté d’origine du président Museveni.

Aujourd’hui, les royaumes se renforcent de plus en plus en Ouganda, leur pouvoir est beaucoup plus important que ce que l’on peut imaginer. Dans ce pays, les enfants grandissent en apprenant le respect de leurs rois et les populations sont plus attachées à leurs royaumes qu’au gouvernement central soulignent les fins connaisseurs des monarchies ougandaises. Jamais dissoutes sous la colonisation britannique, survivantes pendant la période de bannissement sous le régime de Milton Obote en 1967, ces monarchies ont su s’appuyer sur un important culte du chef et demeurent renforcées au XXIème siècle peut-on lire sur le site Totem. Cependant, bien que soutenus par le régime actuel pour des raisons de clientélisme électoral, ces monarques demeurent des redoutables concurrents au chef de l’Etat actuel qui supporte mal le fait qu’ils lui fassent de l’ombre. Concernant le roi des Bakonzo, sa jeunesse, son séjour prolongé aux Etats Unis pour raison d’études et par conséquent son niveau d’éducation, sa formation militaire, son carnet d’adresses bien fourni, font de lui un potentiel concurrent à mettre hors d’état de nuire.

Les conséquences sur la paix et la sécurité dans la région

Cette déstabilisation du royaume des Bakonzo risque d’avoir des conséquences politiques et économiques sur l’Ouest de l’Ouganda et l’Est de la République Démocratique du Congo. Pour rappel, Kasese le theâtre de ces événements malheureux est à quelques kilomètres de la ville douanière de Kasindi, un des grands postes de mobilisation des recettes pour les finances congolaises.

Sur le plan politique, un climat de suspicion risque de peser sur les congolais de la communauté " Nande" habitant en Ouganda et qui sont nombreux à Kampala, la plupart pour des raisons d’affaires. Les services de renseignement ougandais risquent d’exploiter malencontreusement cette proximité linguistique entre les deux communautés en prétextant un quelconque soutien des "Nande" à cette idée querellée, celle présumée d’établir un royaume "yira". Des intimidations et autres enlèvements peuvent être redoutés comme cela s’est déjà produit dans le passé à l’endroit des personnalités congolaises originaires des villes de Beni et de Butembo. Ce qui serait absurde car il a été démontré à plusieurs reprises que les populations de l’Est de la République Démocratique du Congo dans leur majorité étaient jusque là attachées à l’unité du Congo malgré les sirènes insistantes de la balkanisation.

Sur le plan économique, ce climat délétère risque d’aggraver le ralentissement des activités économiques déjà mises à mal par la répétition des violents massacres enregistrés dans le territoire de Beni depuis octobre 2014, attribués en partie par le gouvernement congolais aux rebelles ougandais des ADF(Allied Democratic Forces). Ces massacres ont aggravé la pauvreté dans la région en jetant sur les routes des déplacés et des familles entières chassées de leurs champs par l’insécurité entretenue par des groupes armés.

En réalité, la raison avancée dans ce conflit qui oppose le président Museveni au monarque Konzo, pourrait ne pas suffire pour justifier l’assaut contre son palais royal de Kasese. Il faut souligner que la récente découverte d’importants gisements de pétrole sur le territoire du royaume des Bakonzo, notamment dans le lac Albert, a rendu stratégique le contrôle du royaume par les autorités centrales de Kampala. Or, selon certaines sources, sa majesté Mumbre Iremangoma, qui revendique le contrôle sur une partie du lac Albert, aurait été approché par des entrepreneurs américains pour la même cause. Une défiance inacceptable pour le président Museveni dont le passage à Paris, le 19 septembre dernier, avait pour objectif de signer un contrat d’extraction et d’exportation du pétrole du lac Albert par Total, le géant français pour l’exploitation, le transport et la commercialisation du pétrole.

Posted by Faustin Mbusa

Advocacy Officer, GLPIC

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0