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La neutralité et la crédibilité de l’ONU remises en cause par la Direction du M23

Le M23 sort de son silence : il recuse le rapport de l’ONU l’accusant des violations graves des droits de l’homme

By Guilain Mathe, le 9 octobre 2014

Face au rapport publié par le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) qui accuse l’Ex-rébellion du Mouvement du 23 mars de violations flagrantes des droits de l’homme, la réaction de la Direction politique du M23 n’a pas tardé de se faire entendre. Elle dénonce un acharnement contre son mouvement et remet en cause la crédibilité de l’ONU dans la crise au Kivu.

L’ONU a publié ce 9 octobre 2014 un rapport accablant accusant l’Ex-rébellion du 23 mars de violations massives des droits de l’homme. Les réactions virulentes de la Direction politique du M23 sont sans équivoque : l’Ex-rébellion accuse l’ONU de manque de neutralité compte tenu de sa constitution comme partie au conflit à travers le soutien militaire apporté par la brigade d’intervention de la MONUSCO qui a conduit à sa défaite militaire en novembre 2013. Le M23 appelle de tous ses voeux l’instauration d’une commission d’enquête indépendante sur les violations présumées des droits de l’homme dont il est accusé dans le rapport de l’ONU et à laquelle les ex-rebelles devront participé.

Ci-dessous la réaction intégrale de la Direction du M23 :

Mise au point du Mouvement du 23 Mars sur le Rapport du BCNUDH d’octobre 2014

Nous sommes scandalisés par le rapport dont font état les médias sur des prétendus crimes que le Bureau Conjoint des Droits de l’Homme de la MONUSCO imputerait au Mouvement du 23 Mars pour la période allant d’Avril 2012 à Novembre 2013. Pour ce faire, nous tenons à faire la mise point suivante :

1. La résolution 2098 a fait de la MONUSCO un belligérant de plus dans la guerre qui opposait le M23 au gouvernement en la faisant participer directement aux combats. De ce fait, tout rapport de la MONUSCO concernant le Mouvement du 23 ne peut être ni neutre ni crédible parce qu’il ne viserait qu’à soutenir son alliée dans cette nouvelle forme de guerre qu’il mène contre le M23 depuis la signature des déclarations de Nairobi ;

2. Il ressort des premiers éléments à notre disposition que ce document, comme l’on pouvait s’y attendre, n’est fondé que sur des propos recueillis et non des faits observés ou établis. La MONUSCO a été présente dans l’espace administré par notre Mouvement et y a bénéficié de toute la liberté de mouvement voulu. Pourtant, à ce temps, il n’avait rien relevé du genre du contenu de l’actuel document. Il est donc étonnant qu’elle ait attendu notre sortie de l’espace pour requérir des simples déclarations sur ce qu’elle n’avait pas observé.

3.Faisant de l’incrimination du M23 une obsession, les auteurs de ce rapport

- sont incapables de placer la moindres identité (nom complet tout à la limité) autre que celle du M23 sur chaque personne qu’ils accusent avoir perpétré des faits répréhensibles feignant d’ignorer le caractère personnel de l’infraction ;

- entretiennent volontairement une confusion totale entre les faits isolés de banditisme communs à tous les états du monde et ceux dont le M23 pourrait être délibérément l’initiateur, ce qui leur permettrait d’établir la responsabilité de notre Mouvement ;

- attribuent au M23 les faits collatéraux de la guerre partout où elle a eu lieu et se taisent sur la responsabilité engagée de l’armement lourd et de l’aviation de la coalition gouvernementale FARDC- MONUC dans des massacres des centaines des civiles y compris des enfants âgés de moins de 5 ans notamment autour du camp de Rumangabo le 24 juillet 2013, à BUVUNGA/ KATALE à quelques mètres de la base militaire de la MONUSCO tuant des femmes et des enfants le 24 Aout 2013, à KIBUMBA à la même date etc. On comprend que la MONUSCO ne peut en évoquer sa propre responsabilité.

4. Le Mouvement du 23 Mars n’a cessé d’exiger la création d’une commission d’enquête indépendante pour établir les faits et, le cas échéant, tirer des responsabilités. Cette position a était soutenue et défendue de la manière la plus officielle à travers des dizaines des correspondances sans suite aux Nations-Unies, à la CIRGL et même sur la table de négociations à Kampala en présence des envoyés spéciaux de la communauté internationale. Le Gouvernement de Kinshasa et ses alliés s’y sont toujours opposés. Par ailleurs, le gouvernement de la RDC s’est toujours refusé de donner suite à la demande du Mouvement du 23 Mars de mettre à sa disposition la liste de ses membres accusés des crimes non couverts par l’amnistie et les preuves y afférentes ;

5. Ce rapport ne contribue aucunement au rétablissement de la paix contrairement aux propos tenus sur les médias par le responsable du Bureau Conjoint des Droits de l’Homme de la MONUSCO qui en est l’auteur. Il vise, par contre, à faire diversion sur les questions essentielles susceptibles de créer un environnement favorable au rétablissement de la paix et qui fondent le mandat de la MONUSCO mais qu’elle s’abstient, sans convaincre, à exécuter. Il s’agit notamment de la neutralisation des FDLR, ADF, LRA, FNL, autres groupes armés locaux et même certaines unités de FARDC qui sont la véritable source d’insécurité dans le pays. Et delà, l’on comprend que l’unique cible pour la MONUSCO a toujours été et demeure le M23 même cantonné, désarmé et engagé totalement dans le processus de paix. Quel péché ne peut-on donc pas faire porter au vaincu lorsqu’on le tient à respect sous son pied ? C’est un acharnement.

6. Rappelons que le fait que la MONUSCO a menti publiquement fin septembre 2014 au sujet de la présence des militaires burundais en territoire congolais a confirmé son nouveau rôle de faire-valoir des positions du gouvernement et a ôté de ce fait toute crédibilité à ses rapports. C’est à peine qu’elle s’est ressaisie au regard des évidences présentées par la population locale. Ne sommes- nous donc en face du rapport de quelqu’un qui tire d’abord et vise après. Nous restons convaincus que le rétablissement de la vérité reste un facteur déterminant pour le retour de la paix dans notre pays où les effets de propagande, de col portage et des rumeurs des rues se sont transformés en mode préféré de gestion de l’opinion publique. C’est au nom de la vérité que notre Mouvement réitère à la CIRGL et à la SADC sa demande de la constitution d’une commission d’enquête indépendante qu’elles dirigeraient et qui comprendrait, au titre d’experts, les représentants des ex-belligérants pour établir les faits réels d’éventuels crimes et autres violations des droits humains qu’auraient perpétrés les ex-belligérants sur le territoire national.

Fait à Kampala, le 10 Octobre 2014

Le Président du Mouvement du 23 Mars

Bertrand BISIMWA

Pour lire le rapport du Bureau Conjoint des Nations-Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) qui fait l’objet de la mise au point susmentionnée, cliquez ici.

Posted by Guilain Mathé

Director, GLPIC

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