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Comprendre la faillitte de l’humanité à l’Est de la RDC

La récrudescence des menaces des rebelles ADF/NALU contre les civils à Beni au Nord-Kivu

By Guilain Mathe, le 27 octobre 2014

Près de dix mois après le lancement des opérations militaires pour neutraliser la rébellion ougandaise National Army for the Liberation of Uganda (NALU) opérant à l’Est de la RDC au grand dam des populations congolaises, les réponses militaires et diplomatiques pour neutraliser cette rébellion ne sont pas au bout de leur peine. Alors que les messages officiels tendaient à rassurer de la réduction des capacités de nuisance desdits rebelles, les ADF/NALU ont refait une montée en puissance spectaculaire qui laisse pantois : plus de 80 civils tués à coup de machette et de hache en l’espace de deux semaines et dans des lieux proches des bases militaires de l’armée congolaise et des forces onusiennes. Comment comprendre ce retour en force spectaculaire des prétendus rebelles dans une zone apparemment sous contrôle ? Guilain Mathé, Directeur de GLPIC, livre ici sa propre analyse pour lever un coin du voile sur un mythe.

A mon avis, il y a de fortes chances que l’insécurité à Beni relève plus d’une diversion que des menaces réelles des prétendus rebelles ADF/NALU. C’est incompréhensible, voire impensable, de voir la montée en puissance subite des rebelles ADF après des opérations militaires dénommées "Sukola" (soit "Nettoyer" en français) lancées depuis janvier 2014 par les forces armées de la RDC avec le soutien des troupes onusiennes de la MONUSCO et à travers lesquelles ces prétendus rebelles étaient déjà suffisamment fragilisées sur le terrain.

A en croire les points de presse des différents commandants des opérations Sukola, des autorités locales ainsi que de la MONUSCO, la capacité de nuisance des ADF était suffisamment réduite par ces opérations. La preuve est que plus de 150 otages civils qu’ils détenaient ont été libéré jusqu’en août 2014. Mais le plus étonnant est surtout le contexte de cette montée en puissance mystérieuse des ADF.

Il y a eu d’abord l’assassinat de Colonel Mamadou Ndala en janvier 2014 dans des conditions troubles, quelques jours seulement après sa nomination comme commandant des opérations Sokola pour traquer les rebelles NALU. La main invisible de ses camarades d’arme dans les rangs des FARDC s’est laissé transparaître dans l’ombre. Ensuite, le procès sur l’assassinat de Colonel Ndala a été lancé dans un contexte atypique depuis le mois de septembre 2014 : son lancement intervient juste après la mort subite de Général Bauma, le successeur de Ndala au commandement des opérations militaires. Les circonstances de la mort du Général Bauma demeurent également incertaines.

Dans plusieurs points de presse, ce dernier rassurait avoir réduit significativement la capacité de nuisance des ADF. Selon les sources militaires en juin 2014 : « Depuis que nous avons pris la localité de Medina, l’ADF est réduit à plus au moins 85%. Ils sont en train de vivre leurs derniers moments. Pour nous, l’essentiel est que ces ADF se rendent car ça sera une bonne chose pour nous et pour la communauté internationale », avait déclaré le général-major Lucien Bauma sur les antennes de Radio Okapi.

Comment alors comprendre la montée mystérieuse en puissance des rebelles ADF en si peu de temps après leur destruction réaffirmée à maintes reprises par l’armée congolaise et la MONUSCO ? Pour mieux comprendre ce revirement, mon argument est que ces attaques des ADF/NALU contre les civiles doivent être replacées dans leur contexte sociopolitique immédiat.

Comme nous pouvons le constater, elles interviennent en plein contexte d’un procès historique sur l’assassinat du très populaire officier militaire, le Colonel Mamadou Ndala. Le lancement de ce procès interveint lui-même aussitôt après la disparition tragique du Général Bauma et dont la version officielle des circonstances de sa mort sont loin de convaincre l’ensemble de la population civile congolaise.

Plus étonnant encore, les frappes des prétendus ADF sont d’autant plus farouches contre les civils et interviennent sur des sites beaucoup plus proches des centres à forte concentration démographique et plus proches également des bases des FARDC et de la MONUSCO (Oicha, Ndadi et Eringeti), y compris à quelques mètres du lieu où le Colonel Mamadou Ndala avait été assassiné en janvier 2014. Serait-ce un moyen d’avaliser la version officielle selon laquelle le désormais Général Mamadou Ndala aurait succombé à un attentat orchestré par les rebelles NALU ?

En somme, on voit là une superposition des faits conjoncturels dont le recoupement fait croire qu’il y a véritablement anguille sous roche. Première hypothèse : soit les forces armées de la RDC ont laissé faire les ADF/NALU pour opérer librement et massacrer les civils pour faire valoir au près des populations civiles les versions dominantes du gouvernement congolais sur ses options militaires. Deuxième hypothèse : il n’est pas exclu que cette insécurité soit une cabale montée en toutes pièces par certains caciques du régime en place pour des intérêts inavoués.

Dans une hypothèse comme dans une autre, il peut donc s’agir entre autres d’une stratégie de diversion pour brouiller les enquêtes sur les vrais auteurs de l’assassinat de Mamadou Ndala. D’autre part, il peut s’agir d’une manipulation politicienne du gouvernement congolais pour gagner du temps face à la pression internationale sur le désarmement de la rébellion rwandaise des FDLR. En fait, tandis que la neutralisation des FDLR était inscrite comme priorité dans l’agenda de l’ONU après la neutralisation du M23 en novembre 2013, la traque des ADF a été plutôt privilégiée par le gouvernement congolais, reléguant la traque de la rébellion rwandaise des FDLR aux chalandes grecques. Sans doute parce que le désarmement des FDLR n’a jamais été une priorité du régime de Kinshasa dont il se sert souvent pour se (re)positionner sur la scène internationale selon que les circonstances le lui permettent.

Guilain Mathé,

GLPIC, Director

1 Message

  • Une certaine presse locale à Beni pense que le jeux de massacre des civiles à Beni ressemble au jeu que le pouvoir de Mobutu avait monté à l’époque pour trancher la tete de Enoch Muvingi, le regreté grand frère de Mbusa Nyamwisi. En cet époque le pouvoir avait orchestré un pillage à Butembo ,fief de Muvingi, quand ce dernier est arrivé pour calmer le pillage il a été abatu par la gendarmerie . Selon les analystes les massacres de beni seraient un montage pour sortir Mbusa Nyamwisi de sa cachette par ce qu’ il viendra naturellement au chevet de ses frères massacrés pour les consoller.

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