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La nomination du nouveau premier ministre congolais, M.Badibanga, diversement appréciée

Par Faustin Mbusa, 25 novembre 2016

Le président Joseph Kabila a nommé le jeudi 17 novembre dernier, un nouveau premier ministre, M. Samy Badibanga Ntita. Ancien membre de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), principal parti d’opposition en République Démocratique du Congo, avant d’en être exclu en 2011 pour avoir accepté de siéger au parlement congolais contre l’avis de sa formation politique d’origine. Il était à la tête d’un groupe parlementaire fort de 42 députés identifiés comme membres de l’UDPS et alliés.

Désigné à l’issue d’un dialogue entre la majorité présidentielle et une frange de l’opposition, sous la conduite de M. Edem Kodjo, comme facilitateur au nom de l’Union africaine, le successeur de M. Matata Ponyo aura pour principale mission d’organiser les élections en avril 2018 alors qu’elles devaient se tenir en 2016. Résultat d’un dialogue qualifié d’exclusif par l’opposition radicale et la conférence épiscopale du Congo-Kinshasa, la nomination de M. Badibanga est diversement appréciée par l’opinion congolaise en général et certains milieux politiques en particulier.

M. Badibanga, premier ministre du glissement

Nommé à un mois environ avant la fin du second mandat du président Joseph Kabila qui devait prendre fin le 19 décembre 2016, le nouveau premier ministre est accusé de favoriser le glissement du règne de l’actuel président congolais. Un deal mal accepté par l’opposition radicale réunie au sein du rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement piloté par le leader historique de l’UDPS, M. Etienne Tshisekedi. Pour d’autres observateurs, le nouveau premier ministre est l’homme qu’on n’attendait pas à la tête du gouvernement à coté d’autres candidats potentiels parmi lesquels figurait en bonne place Vital Kamerhe, président de l’UNC(Union pour la Nation Congolaise) et commodérateur du dialogue de la cité de l’OUA, qui abrite la maison militaire du chef de l’Etat, connue des kinois par le nom de Camp Tshatshi.

M. Vital Kamerhe , le dindon de la farce

Pressenti comme remplaçant de Matata Ponyo, Kamerhe apparaît finalement comme le dindon de la farce s’il faut considérer son investissement dans le fameux dialogue de la cité de l’ OUA qu’il récusait violemment auparavant. Traître pour les uns, en commençant par ses fidèles lieutenants de première heure notamment l’ancien secrétaire général de son parti M. Ewanga et M. Claudel Lubaya qui ont respectivement quitté l’UNC en démissionnant de leurs postes marquant ainsi leur désaccord avec leur président quant à sa participation au dialogue. Trop ambitieux pour les autres jusqu’à fragiliser le front commun de l’opposition contre Kabila qui s’était constitué autour de Tshisekedi et de Moise Katumbi. Lui qui se croyait politiquement plus habile que les autres politiciens congolais , a peut-être signé sa mort politique et laissé la voie libre à Moise Katumbi à condition que ce dernier parvienne à rentrer en République Démocratique du Congo, Kabila ayant réussi à l’expulser du pays, pour des raisons humanitaires alors qu’il avait des démêlés avec la justice. Après s’être rendu compte de son imprudence, suite à son inconstance. Kamerhe ne sait plus s’il doit participer ou non au fameux gouvernement d’union nationale. Il regrettera pour longtemps encore le fait d’avoir battu campagne en 2006 pour celui qui le désavoue aujourd’hui et d’avoir signé un livre à sa gloire intitulé " pourquoi j’ai choisi Kabila", un boulet dont il a toujours du mal à se débarrasser.

Les défis du nouveau premier ministre

Pour la population de l’Est du pays, l’urgence n’est peut-être pas nécessairement l’organisation des élections mais plutôt l’avènement rapide d’une paix durable et les conditions de sécurité. La raison est simple. Dans les milieux ruraux de la province du Nord-Kivu en général et dans les territoires de Beni-Lubero en particulier, la population qui vit majoritairement des travaux agricoles, souffre beaucoup de la famine suite à l’insécurité entretenue par des groupes armés locaux et étrangers, qui s’illustrent par des exactions d’une rare violence depuis octobre 2014 jusqu’aujourd’hui. Les conséquences immédiates de cette situation sont la surpopulation des centres urbains, une crise financière généralisée qui aggravent la pauvreté des ménages. Tout compte fait, un gouvernement responsable devrait faire de la lutte contre l’insécurité sa priorité au risque d’être accusé de contribuer à son entretien en vue de ne pas organiser les élections afin de se maintenir au pouvoir contre les prescrits de la constitution voire des différents accords politiques. Avant d’organiser des élections apaisées, il est impérieux de garantir aux citoyens électeurs les conditions de sécurité dans leurs circonscriptions.

Posted by Faustin Mbusa

Advocacy Officer, GLPIC

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