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L’opposition congolaise orpheline de son leader charismatique

L’opposant historique Etienne Tshisekdi a tiré sa révérence

PAR FAUSTIN MBUSA, 02 FEVRIER 2017

Le président de l’UDPS(Union pour la Démocratie et le Progrès Social) M. Etienne Tshisekedi est décédé ce mercredi 1er février à Bruxelles. Opposant historique en République Démocratique du Congo, sa disparition intervient alors que les négociations entre l’opposition et la majorité présidentielle pour désigner un premier ministre de transition conformément à l’accord du 31 décembre 2016, piétinent. M. Tshisekedi qui devait présider le comité national de suivi de l’application de cet accord devait s’assurer de la bonne tenue des élections présidentielles avant la fin de l’année 2017. L’UDPS, l’opposition congolaise et cet accord obtenu de haute lutte survivront-ils à la disparition du treizième parlementaire contestataire ? L’avenir nous le dira.

"Le président de l’UDPS, M. Etienne Tshisekedi est mort ce mercredi 1er février 2017 à 17h22 à Bruxelles, des suites d’une embolie pulmonaire pouvait-on lire sur les réseaux sociaux et sur les sites des différents médias. La nouvelle a été confirmée hier dans la soirée par le secrétaire général adjoint de l’UDPS, M. Bruno Tshibala. L’opposant historique de la RDCongo est mort à l’hôpital Sainte Elizabeth de Bruxelles où il suivait des soins depuis qu’il a été évacué de Kinshasa à bord d’un avion médicalisé le 24 janvier dernier.

Figure emblématique de la politique congolaise, Tshisekedi tire sa révérence alors qu’il devait présider le comité national de suivi de l’application de l’accord du 31 décembre 2016. Cet accord prévoit entre autre la nomination d’un premier ministre issu des rangs de l’opposition et qui aura pour tâche principale d’organiser les élections avant la fin de l’année 2017.

Etienne Tshisekedi laisse une image d’un leader politique constant, un peu entêté mais apparemment incorruptible. Aux sirènes du débauchage, de la course après les postes ministériels Tshisekedi savait dire non contrairement à certains de ses poulains à l’instar de Samy Badibanga qui a accepté le poste de premier ministre contre la volonté de son mentor dont il fut le bras droit.

" Ya Tshitshi " comme l’appelaient affectueusement ses militants, fera sa renommée en s’opposant aux dérives du dictateur Mobutu et au pouvoir des Kabila père et fils. Son opposition à Laurent Désiré Kabila lui avait valu une relégation dans sa province d’origine le Kasai-occidental dans son village de Ntambwe Saint Bernard à 20 km de Kananga. Quant à Kabila fils, il ne reconnaîtra jamais sa légitimité car mal élu aux élections présidentielles de 2006 et de 2011 car entachées d’irrégularités massives.

L’UDPS, orpheline de son fondateur, bonjour les divisions !

L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social est depuis hier orpheline de son leader charismatique. On peut s’interroger sur la capacité du parti à bien organiser sa succession. Il est vrai que les statuts du parti prévoient l’organisation d’un congrès dans les deux mois après la démission, le décès ou l’incapacité constatés du président pour en désigner un nouveau. Il sera curieux de voir comment vont s’organiser les responsables du parti surtout au moment où ils ont la responsabilité d’assurer le suivi de l’application de l’accord du 31 décembre2016, sur lequel reposent les espoirs du peuple congolais. Bien plus, il revient au Rassemblement des Forces Acquises au changement sous la direction de l’UDPS de proposer le premier ministre de transition qui aura la lourde mission d’organiser les élections avant la fin de l’année 2017.

Le peuple congolais peut espérer que les animateurs de l’UDPS auront l’intelligence nécessaire de résister aux démons de la division. Or, tout observateur averti de cette formation politique sait qu’elle est traversée par différents courants. Il s’agit de ceux qui défendent la fibre tribale et qui considèrent que les ressortissants du Kasai ont la préséance sur tous les autres membres du parti lors du partage des postes. En outre, il y a toujours une méfiance entre les cadres présents à Kinshasa, gardiens du temple, et l’aile dure du Benelux réunissant une partie des intellectuels du Kasai et les précieux donateurs qui conseillaient le vieux.

Une opposition congolaise affaiblie

L’opposition congolaise apparaît quelque peu affaiblie tant il faudra du temps pour retrouver une figure politique de l’acabit de Tshisekedi. De ce fait, si l’homme de Limeté était réputé incorruptible, il n’est toujours pas le cas au sein du reste de l’opposition congolaise. Le débauchage contre l’argent et les postes ministériels sont les redoutables armes de destruction massive de l’opposition dont dispose la majorité présidentielle et son président Joeph Kabila pour éliminer ses adversaires. Dans ces conditions, Kabila peut se réjouir de ne plus avoir en face un redoutable adversaire de la trempe de Tshisekedi. Le dernier recours du peuple congolais face aux velléités de Kabila de se maintenir au pouvoir reste l’Eglise catholique et ses évêques qui ont toujours su combler le déficit de la classe politique congolaise dans des moments difficiles. Les congolais se souviendront pour longtemps encore la direction remarquable des travaux de la conférence nationale souveraine en 1992 par le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya.

L’héritage politique de Tshisekedi

Tous les analystes de la scène politique congolaise s’accordent à dire que Tshisekedi aura marqué de son empreinte de résistant et d’homme politique déterminé, la politique congolaise. Si le numéro 10 de la Rue Pétunias à la douzième rue dans la commune de Limeté était connue des diplomates, c’est parce que l’homme avait une stature à travers ses prises de position et sa popularité qui ne se démentait pas. S’il savait dire non aux dérives des pouvoirs en place, il savait également mobiliser les jeunes par ses mots d’ordre appelant aux villes mortes qui paralysaient parfois tout le pays. D’ailleurs pour une certaine opinion, il a une certaine responsabilité dans la dégradation économique du pays tant il avait incité les kinois à la désobéissance civile lors des pillages de 1991 et de 1993 qui ont affecté durablement l’économie congolaise. Une autre ombre au tableau restera sa responsabilité présumée dans l’affaire des conjurés de la pentecôte, pendus sur instruction de Mobutu accusés d’avoir projeté un coup d’Etat. A l’époque Tshisekedi était ministre de la justice de 1968 à 1969, des années qu’il conviendrait d’appeler celles de la terreur où les Lumumbistes, membres du Mouvement National du Congo(MNC) étaient traqués jusque dans les villages reculés de la république sur dénonciation de la police secrète mise en place par le MPR(Mouvement Populaire de la Révolution). L’homme avait donc les défauts de tous les politiciens congolais notamment la trahison mais avait réussi à se convertir radicalement au regard des erreurs de son passé politique au sein du MPR parti-Etat et surtout compte tenu de son bagage intellectuel de premier docteur congolais en droit. Aujourd’hui, il y a malheureusement des milliers d’intellectuels qui soutiennent le statu quo contre quelques billets de dollars au détriment de l’intérêt général dont ils sont sensés maîtriser la compréhension par rapport aux citoyens ordinaires.

Tout compte fait, bien que Tshisekedi aura été un des artisans du Mobutisme, il aura marqué l’histoire politique congolaise. Forte personnalité, il aura participé à la formation d’une conscience politique chez les jeunes congolais qui, peut-on l’espérer, sauront honorer la mémoire de ce leader incontesté en continuant sa lutte pour la reconstruction de l’Etat congolais. Au regard des emprisonnements, des brimades et autres relégations qu’il a subies au cours de sa carrière politique, il donnait l’impression de parler sincèrement au nom du peuple congolais.

Posted by Faustin Mbusa

Advocacy Officer GLPIC

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