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Assassinat d’un opposant rwandais à Johannesburg : un crime d’Etat ?

Afrique du Sud : début de l’enquête après l’assassinat du Rwandais Patrick Karegeya

Guilain Mathé, January 2, 2014

Patrick Karegeya, un opposant de taille au régime du Rwanda réfugié en Afrique du Sud, à été retrouvé mort par étranglement dans un hôtel de Johannesburg. L’opposition rwandaise dénonce un assassinat politique.

Source : http://www.rfi.fr/afrique/20140102-...

L’ancien chef des renseignements extérieurs du Rwanda retrouvé mort, le mercredi 1er janvier 2014 en Afrique du Sud. Le corps de Patrick Karegeya a été découvert sans vie dans une chambre de l’un des plus grands hôtels de Johannesburg. Cet ancien homme fort du Rwanda était, depuis 2007 et son départ en exil, devenu un opposant acharné du régime rwandais, lui qui avait été auparavant un très proche du président Paul Kagame. Son parti, le RNC, accuse Kigali d’être derrière cet assassinat.

Le corps de Patrick Karegeya a été retrouvé, mercredi, dans l’une des chambres du complexe hôtelier Michelangelo, l’un des hôtels le plus cher et surtout le plus sécurisé de Johannesburg. L’autopsie est en cours ce jeudi, selon la police sud-africaine. Mais selon toute vraisemblance, Patrick Karegeya a été étranglé. Le cou de l’ancien chef des renseignements extérieurs était enflé et une corde a été retrouvée sur les lieux.

« Il avait réservé une chambre le 29 décembre, explique Katlego Mogale, la porte-parole de la police sud-africaine. La police l’a trouvé mort allongé sur son lit. Son coup était très enflé et selon les premiers éléments de l’enquête une corde et une serviette tâchée de sang ont été retrouvées dans le coffre fort de la chambre. Cela ouvre la possibilité d’un étranglement. L’autopsie confirmera l’heure exacte de la mort. Nous cherchons à vérifier pourquoi il s’est rendu dans cet hôtel, et combien de personnes se trouvaient dans sa chambre, les enquêteurs étudient actuellement les images captées par les caméras de vidéo surveillance de l’hôtel ».

Le reste de l’histoire pour l’instant, on ne le connait que par des membres de son parti, le RNC, et des membres de sa famille. Le dernier contact qu’ils ont eu avec lui, c’était à 19h30, le soir du réveillon du Nouvel an. Il devait rencontrer un certain Appollo, quelqu’un qu’il connaissait bien. Dans un message, il l’a même qualifié d’« ami de passage » avec lequel il comptait boire un verre pour célébrer la nouvelle année. Appollo Ismael Kiririsi, assure le RNC, lui aurait tendu un piège. Cet homme d’affaires vivant au Rwanda se serait donc, si l’on croit la version de l’opposition, retourné contre Patrick Karegeya.

Il se savait en danger

Depuis la tentative d’assassinat en 2010 contre l’ancien chef d’état-major rwandais, Kayumba Nyamwasa, les services secrets sud-africains avaient proposé à Patrick Karegeya de le mettre, comme le général Kayumba, sous protection. Ce dernier, même s’il se savait en danger, avait refusé pour conserver sa liberté de mouvement. Il avait tout de même pris la précaution d’envoyer sa famille à l’étranger.

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L’homme était prudent. Il n’acceptait de rencontrer ses interlocuteurs que chez lui, une résidence ultra-sécurisée, ou dans les grands hôtels, les casinos ou les centres commerciaux. Le complexe Michelangelo était, de loin, le plus sécurisé. C’est d’ailleurs un lieu où de nombreuses personnalités, y compris les plus recherchées, donnent des rendez-vous. Un hôtel, qui selon plusieurs observateurs, est sous surveillance des services secrets sud-africains.

En juillet dernier, Patrick Karegeya n’avait pas caché à RFI ses craintes pour sa vie. Il disait que le président rwandais Paul Kagame voulait sa mort, avant même son départ du Rwanda. Des accusations toujours balayées du revers de la main par Kigali. Mais qui avaient motivé son départ du pays en 2007.

« J’avais déjà testé la prison deux fois. Et j’ai été maintenu à l’isolement. Deux fois en deux ans. Quand je suis sorti, j’ai été amené au ministère de la Défense, j’ai été malmené par des officiers, certains sont en prison aujourd’hui, d’autres ont des problèmes. Mais bon, le fait important, c’est qu’ils m’ont dit que Kagame allait s’occuper de moi définitivement, expliquait en juillet dernier Patrick Karegeya à RFI. Ca en inquiétait tout de même certains. Ils m’ont dit que mon temps au Rwanda était fini, que si je tenais à la vie, il fallait que je parte. Je n’avais pas de raison d’en douter, ils m’avaient donné des preuves. Donc je suis parti. Et en fait, c’était bien vrai. C’est qu’il a essayé de faire ici. C’est pour ça qu’on a tiré sur mon collège Nyamwasa. J’ai eu de la chance de m’en sortir sans aucune égratignure ».

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Ancien proche de Kagame

Pendant 20 ans, Patrick Karegeya a été un proche du président rwandais voire son meilleur ami. Leurs familles partaient en vacances ensemble. Mais depuis le début des années 2000, les deux hommes ne s’entendaient plus. C’est ce qui se disait dans les cercles du pouvoir. Lui qui avait été pendant dix ans chef des renseignements extérieurs s’était retrouvé en 2004 porte-parole de l’armée, avant d’être envoyé en prison pour insubordination.

Depuis, Patrick Karegeya ne cachait pas sa haine de Paul Kagame. Il consacrait sa vie à tenter de le renverser. Selon plusieurs sources au sein de l’opposition en exil, la mort de l’ancien chef des renseignements extérieurs est une immense perte, tant l’homme connaissait tous les rouages du régime et avait des contacts au Rwanda, comme à l’extérieur. « Tout le monde savait que ce serait une lutte à mort entre lui et Kagame », explique un proche de Patrick Karegeya. Selon une source diplomatique rwandaise, Kigali n’a pas à commenter la mort de l’ancien officiel. Cela concerne strictement la justice sud-africaine.

Mis en ligne par Guilain Mathé

Director, GLPIC

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